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Rythmes scolaires Une enquête dans un département rural

7 mai 2017, par Fabienne

La CGT Éduc’action de l’Allier a mené une enquête à l’identique de celle proposée en
Seine et Marne il y a quelques mois. Ce questionnaire portait essentiellement sur les
incidences en termes de santé (physique, physiologique, psychologique, sociale) sur
les personnels et sur les enfants. Pour presque toutes les écoles, c’était la deuxième
année que cette réforme s’appliquait. (Plus de détails à venir sur notre site…)

Cette enquête (250 réponses) permettait de donner une appréciation globale grâce à une notation précise : de 0 (effet très négatif) à 10 (effet très positif) en passant par 5 (effet neutre).
Trois questionnaires distincts (un recto identique et un verso spécifique) s’adressaient respectivement aux enseignant-es, aux personnels non-enseignant
(ATSEM, AESH, EVS, Animateurs, Agents des collectivités...) et parents. Pour
l’heure, seules les réponses des personnels non enseignant-es n’ont pas été
traitées dans leur globalité.
Cependant, les premiers résultats semblent confirmer la tendance des réponses des
professeur-e-s (plus de 10 % des personnels ont répondu et des parents).
Voici le bilan selon les axes avancés par le ministère…
Les effets sur les élèves :
- > La fatigue sera résorbée et la concentration des élèves améliorée. FAUX
Plus de 9 enseignant-es sur 10 pensent que les nouveaux rythmes fatiguent les enfants, très peu ont mis une appréciation positive (4,4 %).
Ce constat est confirmé par les parents eux-mêmes. Plus de 60 % observent une augmentation importante de la fatigue.
Pour les sondé-es, les capacités de concentration et les effets sur les apprentissages
sont négatifs (80 %). Seulement 2 % des professeur-es observent des gains…
- La réforme contribuera au bien être de l’enfant.
FAUX Plus de 3/4 des enseignant-es ayant répondu estiment que les nouveaux rythmes scolaires ont des effets négatifs sur le bien-être des élèves.
Pire, 19.6 % ont mis la note minimale de 0.
- Les effets sur les personnels :
- Une qualité de travail retrouvée et des conditions de travail améliorées. FAUX
Une grande majorité (62 %) affirme avoir des conditions de travail qui se sont fortement dégradées. Plus de 30 % donnent la note minimale de 0 quand moins de 10 % disent avoir vu des améliorations...
- Une santé physique et psychologique retrouvée. FAUX
Les enseignant-es jugent, dans leur très grande majorité, que leur santé se dégrade depuis les nouveaux rythmes scolaires. Pour la santé physique comme psychologique, les réponses positives (entre 8 et 10) se limitent entre 2 et 3 %. Le mot « fatigue » est le plus cité dans les observations et 40 % notent 0 leur état physique dénonçant épuisement, stress et surmenage. Nombreux-ses sont ceux-celles qui ont l’impression de travailler en continu, d’avoir un quotidien compliqué, avec de moins en moins d’espace pour la vie personnelle et de temps pour préparer son travail dans des conditions sereines. Les contraintes s’accumulent aux tâches supplémentaires issues du LSU, de la sécurité, des nouveaux programmes.
Quelque-un-es disent être lassé-es du métier, usé-es avec le sentiment d’être délaissé-es.
- Une organisation (professionnelle, personnelle) plus claire. FAUX
La moitié des enseignant-es trouvent que la réforme des rythmes a eu des conséquences négatives sur l’organisation de leur travail.
Ce phénomène s’accentue concernant leur vie personnelle (55 %). Organiser sa semaine de classe ne semble pas plus simple avec ces cinq matinées et les journées
- > Sur le pouvoir d’achat :
Plus d’un tiers des collègues font remarquer que leur raccourcies, voire les demi-journées libérées. Cette réforme a d’autres incidences sur le quotidien.
- > Sur la formation continue :
Pour beaucoup, la formation continue rime désormais avec des mercredis entièrement absorbés par leurs devoirs professionnels (animations l’après-midi) et avec M@gistère. Près de 70 % ont un avis très négatif.
Quant aux stages de formation continue, ils sont toujours aussi inexistants…d’où des résultats très sévères.
- > Sur les relations enseignant-es/ élèves :
La qualité de la relation éducative se dégrade ou reste stable ; environ 40 % notent un effet neutre et seulement 5.5 % disent avoir des relations qui se sont budget personnel a été impacté car il y a un déplacement hebdomadaire supplémentaire.
- >Sur la motivation des enseignant-es :
6 enseignant-es sur 10 sont moins motivé-es par leur métier depuis les nouveaux rythmes scolaires. Enseigner en primaire devient une vocation qu’ils-elles ne recommandent pas, puisqu’ils-elles sont 75 % à le déconseiller.
- Et sur le reste…
La réforme est particulièrement mal ressentie par les enseignant-es de maternelle.
Les collègues estiment que les relations entre collègues et avec les autres adultes de l’école sont restées les mêmes même si, dans certaines écoles, le climat, avec le personnel communal, s’est dégradé : partage des locaux, du matériel, malentendus et gestion des problèmes entre adultes et parents…
Surtout, les enseignant-es continuent de déplorer les difficultés liées aux effectifs, aux manques de remplaçantes (seulement 8 % notent une amélioration), à l’absence des Rased qui ne sont plus au complet et qui n’ont plus les moyens de couvrir leur territoire. D’ailleurs, quasiment aucun-e collègue n’a observé un effet positif (3 %) sur l’aide aux élèves en difficulté.
Soyons honnêtes, les collègues sont largement opposé-es à cette réforme comme la CGT Éduc’action. Nous exigeons l’abrogation des décrets Peillon-Hamon et de la circulaire de mars 2013 sur le Projet Éducatif Territorial qui est une remise en cause supplémentaire du cadre national de l’Éducation au profit des collectivités locales.

Ce que revendique la CGT
- une autre réforme des rythmes scolaires basée sur un cadrage national,
- une déconnexion du temps de l’enseignant-e de celui de l’enfant (26 heures d’enseignement hebdomadaire sans travail à la maison) qui ne dégrade pas les
conditions de travail des personnels.
- la fin du zonage scolaire,
- la construction de l’année scolaire sur une alternance de 7 à 8 semaines de classe (dans le cadre des 36 semaines annuelles) et 2 semaines de vacances, ainsi que deux mois de vacances d’été.