Visite et promotion de la machine à lire : le prix de la mise en scène

 

Quelle idée ? Cette école située en REP+, est une usine. Construite en 2014, elle est à l’origine d’un conflit dont les séquelles sont encore visibles. Appelée « pôle Molière » par la mairie, c’est un ensemble regroupant un bâtiment dédié aux familles (géré par la mairie), une école primaire (de la maternelle au CM2) de 17 classes et 425 élèves et un pôle restauration. Aujourd’hui les enseignant-e-s continuent de dénoncer les choix faits (fusion des écoles maternelle Gravelotte et élémentaire Courbet), et regrettent que les familles et les élèves soient accueillis dans un si grand ensemble... Et pour gérer le tout, une seule directrice déchargée à 100 %... Conditions de travail et d’études plus que dénonciables !
Pour la ministre, venir en REP+ à l’école Molière, malgré la communication mensongère de la mairie sur la réussite de cette création dans un quartier proche du port, c’était prendre le risque d’être accueillie dans des conditions hostiles. D’ailleurs, aucun-e enseignant-e de cycle 3 n’avait accepté de la recevoir dans sa classe.
Face à la contestation et au risque de débordement, le choix est finalement fait d’accueillir la ministre à l’école Valmy (non loin de Molière) également située en REP+, le tout relayé par de nombreux articles de presse vantant cette venue avec le spécialiste Alain Bentolila.
L’accueil se fait. Belle publicité avec photos et reportages présentant une foule d’adultes et des élèves (oui, ça fait bien sur la photo !) entassée dans une classe. Une ministre souriante, assise à côté d’élèves travaillant, c’est joli et touchant. C’est aussi vendeur car décemment on peut se dire, « c’est formidable la machine à lire, tous ces élèves de REP+ qui travaillent sur les tablettes, tous ces moyens mis par l’Éducation nationale en éducation prioritaire... ».
C’est peut-être joli, mais la réalité est toute autre. Les élèves de Valmy n’avaient jamais vu de tablettes dans leur classe avant sa venue. Tout ce beau monde est venu avec les tablettes sous le bras, des connections ont été installées dans l’urgence afin que l’image puisse se faire. Et une fois les clichés pris, les tablettes sont reparties comme elles étaient venues.
Mais alors, à qui sont ces tablettes ? Et c’est là le plus croustillant : elles sont à la mairie du Havre !
Effectivement, la mairie commence à mettre en place la machine à lire dans le cadre du périscolaire. Merci la réforme des rythmes scolaires !
Maintenant après l’école, les élèves sont encore à l’école pendant le périscolaire, aidés par des animateur-trices et de magnifiques tablettes. Ils peuvent ainsi poursuivre leurs apprentissages... avant que cela devienne simplement le début des apprentissages ! Avec cette vaste opération de propagande, on se rend compte de la territorialisation issue de la réforme des rythmes scolaires et de ses dommages collatéraux.
Bien entendu, on n’a rien vu dans la presse sur l’opposition des collègues à cette venue publicitaire…
Plus que jamais, la CGT Éduc’action dénonce cette confusion des genres entretenue par le Ministère.
Cécile DUCOS & François-Xavier DURAND
CGT Éduc’action 76