Tribune d’un militant parisien sur la Loi Rilhac

 

Le 10 mars, le Sénat a adopté en première lecture la loi "créant la fonction de directrice ou de directeur d’école". Comme redouté, le Sénat a modifié le texte issu de l’Assemblée nationale (voté en juin dernier), afin d’établir plus clairement cette position de chef. Non contents de supprimer le rappel "d’une absence d’autorité hiérarchique du directeur d’école sur les enseignants de son école", les sénateurs veulent que "le directeur dispose d’une autorité fonctionnelle permettant le bon fonctionnement de l’école et la réalisation des missions qui lui sont confiées."
Cette autorité aux contours plutôt flous devra être précisée par circulaires. Elle pourrait s’étendre jusqu’à l’évaluation des enseignants (donc notre avancement, que le ministère veut de toute façon remettre en cause), voire à leur nomination (possibilité d’empêcher ou de favoriser l’attribution d’un poste dans “leur” école à un ou une enseignant•e lors du mouvement), comme préconisé par le fa/fumeux Grenelle de l’Éducation.

Le parti macroniste (qui n’est pas majoritaire au Sénat) et le ministre Blanquer ont fait volte-face et ont soutenu au Sénat l’autorité hiérarchique des dirlos dans des termes qu’ils avait eux-mêmes retirés du texte initial. "Vous m’avez convaincu !" a osé le ministre aux sénateurs de droite, alors qu’il a toujours voulu cette relation hiérarchique, permettant enfin la mise en concurrence des écoles pour le recrutement et les moyens.

La situation des directions n’en deviendra pas pour autant enviable : prises entre, d’un côté, l’obligation de plaire à l’inspection (l’autorité fonctionnelle serait à durée limitée, renouvelable, et pourrait être retirée à tout moment) avec des responsabilités et le fonctionnement de l’école qu’elles seraient désormais seules à assumer, et, de l’autre, une équipe enseignante qui n’aurait plus voix au chapitre, si ce n’est pour émettre des avis lors des réunions d’équipe qui n’auraient plus de conseils que le nom.

Sans surprise, les annonces initiales de revalorisation des dirlos, de renforcement des décharges ou d’aides administratives sont très loin d’être tenues, ce que les groupes de travail au ministère cet automne avaient déjà confirmé.
Parallèlement, le ministère prépare une fusion des IEN et des IPR (inspecteurs du secondaire, au statut d’inspecteurs d’académie), façon d’ébaucher une chaîne hiérarchique inspecteur-directeur-instit.

Rappelons que depuis plus d’un siècle, le conseil des maîtres et maîtresses régule la vie de l’école sans subordination, entre égaux. Les réactionnaires n’ont jamais pu avaler cette idée d’écoles sans chefs, livrées à elles-mêmes, au fonctionnement coopératif. Ces trente dernières années, ils ont tenté par trois fois de faire de la direction une supérieure hiérarchique, comme l’IEN. Trois fois ils ont échoué.

Il faut comprendre que la subordination des enseignants à la direction serait un tournant historique pour l’école publique française. Il faut se rendre compte à quel point le quotidien de l’école, les relations entre collègues, seraient affectés.

Imaginez. Imaginez l’école sans conseil des maîtresses et maîtres mais avec des réunions où le dirlo, la dirlote ne prend plus la parole comme les autres : il donne des ordres, il distribue des tâches, il demande des comptes. Imaginez ce que donnerait un conseil d’école où la moitié des présents est subordonnée à celui ou celle qui préside le conseil. Imaginez une école qui ne serait plus collégiale ni coopérative. Une école où vous aurez perdu les responsabilités (et les possibilités de choix qu’elles impliquent) que vous aviez.

La proposition de loi est maintenant revenue à l’Assemblée nationale, pour la seconde lecture.