Stage de formation syndicale : Déconstruire l’idéologie des Compétences

 

Une version patronale venant de l’entreprise émerge dès les années 70 avec la volonté de passer d’une logique de poste de travail à une logique de qualification de l’individu et donc une parcellisation-atomisation des savoir-faire. Ces compétences sont destinées à devenir l’unique patrimoine acquis par nombre de collégien·nes, dans une perspective d’adaptation aux changements des besoins du patronat à partir des années 2000 (emplois peu ou pas qualifiés selon l’OCDE en 2005). Avoir un travailleur adaptable, ce n’est pas avoir un travailleur autonome ou pouvant « changer de métier », mais c’est qu’il soit corvéable, usable et changeable.
Ces compétences arrivent à l’école puis, grâce au Livret Par Compétences, entrent au collège et enfin dans les lycées professionnels via les matières professionnelles. Le Livret Scolaire Unique fait définitivement entrer l’évaluation par compétences au collège et la valide par le brevet. Pour faire accepter cette École du Socle, partout, l’idéologie officielle nous distille sa chanson du « c’est pour le bien des élèves, c’est plus juste que les notes » alors qu’au final, c’est toujours une note qui est générée.
Constatant que ces pratiques étaient peu critiquées par les collègues et que l’École du Socle devait être expliquée, la CGT Éduc’action a construit un stage national sur le sujet et l’a dispensé dans cinq départements et/ou académies. Après une brève présentation, on étudie les fiches du document (compétences patronales, compétences des constructivistes, leurres, rapport à la transmission des savoirs, quelques écrits de la CGT Éduc’action et « apport » des neurosciences) ensuite les stagiaires réagissent. Un débat s’instaure où les animateur·trices du stage n’interviennent que pour recentrer le débat ou apporter des précisions (et parfois pour donner leur avis). Cette forme est essentielle : pas de diaporama, mais un acte de lecture de tou·tes les stagiaires et une co-construction à l’instar de ce que disent les textes de la CGT Éduc’action sur la formation. À noter aussi que la lecture des documents constitue un moment de silence fort.
Nous avons connu des débats au collège sur la substitution des compétences aux notes, liée à une baisse des exigences, sur une défaite annoncée avec le poids de l’argument brevet et chef·fe d’établissement ; au lycée professionnel sur l’évolution des consignes officielles de la conduite de classe en atelier, sur les tâches des parties professionnelles des Bac pro et des CAP ; à l’école sur le LSU et le fichage continu. Le déroulé du stage a permis un important et intéressant débat sur le sens de l’école qui peut pousser loin la réflexion.
Une question a traversé tous les stages, même si elle n’a pas été abordée partout de la même façon : que faire pour riposter ? Que dire à nos collègues pour les convaincre, surtout dans le contexte d’une bataille idéologique pour le moment perdue, en tout cas au collège ?
Partout, nous avons pu poser ce débat, à chaque fois à la demande des stagiaires, et partout, un début de réflexion a été engagé sur ce qu’il faudrait dire et même sur ce qu’il ne faudrait pas dire en premier. Autant dire que nous devons prolonger ce stage et l’enrichir.