Ressources humaines : Quand l’affichage ne colle pas avec la réalité

 

Pire, la même pénurie se dessine dans l’académie de Versailles. L’année dernière, outre les Hauts-de-Seine, le Val-d’Oise avait aussi recruté des contractuels. En fin d’année scolaire, le recteur a invité les représentants du personnel pour leur annoncer la gravité de la situation et la décision de recruter autour de 350 contractuels dans l’académie (dans les 4 départements). Il a évoqué le manque de personnel et aussi la prévision d’un concours 2016 donnant moins de PES que celui de 2015. La prévision s’est vérifiée.
Les choses se sont passées assez vite et il n’a pas été possible de construire au moins une réponse commune au niveau académique des organisations syndicales, En revanche, dans les Hauts-de-Seine, l’intersyndicale premier degré (CGT Éduc’action, SNUDI-FO, SUD-Éducation, SNUipp-FSU, SE-UNSA et SGEN-CFDT) s’est réunie et a fait des propositions communes malgré des divergences sur fond de lutte contre la loi travail. Ces propositions visaient au recrutement de fonctionnaires et non de contractuels ; par la création d’un concours spécial académique et le prélèvement sur les listes complémentaires d’académies proches qui n’y ont pas recours,
Le ministère a refusé le concours (proposé également par le recteur) et n’a même pas discuté des listes complémentaires.
C’est donc le recrutement massif de contractuels qui a constitué l’évènement de la rentrée à Versailles. Les DSDEN s’y sont mises dès juin et, par exemple, à la rentrée il y avait déjà 80 collègues contractuels en poste dans les Hauts-de-Seine. L’administration a veillé à ne pas les mettre en difficulté, ce qui est normal et, ce sont donc des titulaires qui se sont retrouvés les derniers affectés (opération qui n’est pas encore terminée partout). Lorsque tous les postes vacants permettant d’affecter les derniers titulaires sans postes, il est fort probable que les DSDEN devront de nouveau avoir recours à des contractuels.
L’administration donne des garanties sur le suivi et la formation des collègues contractuels, nous savons aussi que les recrutés en septembre seront payés un an et non pas 10 mois, mais il va falloir être vigilants sur ces sujets. Enfin, le recrutement de contractuels ne peut devenir une pratique habituelle qui défausserait les gouvernements et notamment celui-là de ses responsabilités dans le recrutement de fonctionnaires. Toute l’esbroufe autour des soi-disant 60 000 postes ne peut tromper personne : le compte n’y est pas, les postes supprimés sous Sarkozy n’ont pas été rétablis par Hollande.
Il faut maintenant se pencher sur les explications. Pour alimenter son mensonge et faire croire que tout allait bien, le ministère a généralisé l’utilisation des collègues stagiaires comme variables d’ajustement : on les met devant élèves toute l’année, à mi temps, au lieu de rétablir la formation. Mais aujourd’hui, force est de constater que dans certaines académies ayant connu une forte progression du nombre d’élèves, cela ne suffit pas. On ne recrute pas assez d’enseignants !
Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que le problème vient de la masterisation, Il est plus difficile pour des étudiants salariés de financer cinq ans d’études que trois. De plus, le misérable salaire des enseignants ne motive pas tellement les titulaires d’un master 2. Les propositions de la CGT Éduc’action visant à remettre le concours à la licence, à rétablir deux ans de formation et à augmenter nos salaires sont sur la table et le gouvernement ferait bien de s’en inspirer. Mais il tient bon sur sa ligne de la masterisation et des mensonges sur le rétablissement de la formation.
Mais, même si personne ne veut l’avouer, certains, dans l’administration, tentent de prendre les choses en main, dans un sens qui pointe objectivement la responsabilité de la masterisation. Témoin, cette expérience pilote, inaugurée cette année scolaire, dans la même académie de Versailles. Des étudiants ayant obtenu la licence en juin se sont vus proposer un cursus particulier, en alternance. Ce ne sont pas des apprentis, après Bac + 3, ce n’est plus possible. L’alternance est financée par des fonds d’État, mais pas de l’Éducation Nationale. Et nos étudiants sont aidés à aller vers le master et le concours et suivent en M1 puis en M2 un stage en observation et un autre en responsabilité. Ils ne sont ni placés en permanence devant élèves ni utilisés comme moyen de remplacement, ils suivent leurs études et leur préparation au concours, c’est tout. Cela concerne entre 20 et 25 étudiants pour chacun des quatre départements de l’académie et tout est fait pour que l’expérience se poursuive. Pour une part, cette expérience est une sorte d’hommage du vice à la vertu : retour déguisé du recrutement à la licence et retour réel de la formation ? Là où le bât blesse c’est que la formation en question est privatisée ; ce n’est pas l’alternance mais le retour d’une formation gratuite comme à l’IUFM ou à l’École Normale qu’il faudrait.
La CGT Éduc’action observera avec intérêt cette expérience et, tout en combattant la privatisation, le système de l’alternance, sera attentive à ce que donnera une formation rétablie, sans souci financier, et sans la pression de la conduite de classe à mi-temps.
Jean GRIMAL