Refondation : PAROLES, PAROLES !

 

J’étais le mois dernier « invitée » en tant que représentante syndicale aux assises inter-académiques « Rhône-Ain-Loire » de l’éducation prioritaire à l’Université Claude Bernard de Lyon. Tout commença par une grand’messe des Inspecteurs, les « pilotes » chargés de rapporter les réalités du terrain.

Notons que nous, les représentants syndicaux, n’avions pas la même pochette de documents que les pilotes. Sous une couverture identique, la nôtre ne contenait que l’emploi du temps de la journée (sic). Un moment édifiant fut la question de l’effectif dans les classes : « Personne n’ayant pu découvrir quel serait l’effectif idéal dans les classes, nous ne parlerons pas de ça aujourd’hui, il n’y a pas de consensus sur les trois académies »… Pirouette ! La suite de l’exposé consistait essentiellement à trouver comment mieux piloter, mieux utiliser tous les moyens mis à disposition, mieux contrôler, mieux évaluer…

Une conférence très intéressante s’ensuivit sur « l’empêchement de penser » des élèves en échec scolaire total qui remonte souvent à leur plus jeune âge et que l’école ne fait qu’amplifier. Élèves et enseignants ne voient plus de sens à ce qu’ils vivent en classe. Tous les problèmes que pointe la Cgt étaient soulevés : formation des enseignants déficiente, pression des évaluations, inadaptation des programmes avec ce socle commun incontournable…Ce conférencier ne prônait pourtant rien de bien révolutionnaire…

Enfin, le préfet délégué à la réussite éducative a lancé le dernier mot de la matinée : « Nous sommes en temps de crise et il ne faudra tout de même pas trop en demander ! ». Il donnait ainsi le ton des « comités de pilotages » de l’après-midi : comment refonder l’école avec une pelle en plastique et de la colle Cléopâtre… Priorité à l’É…CONOMIE !

Depuis, j’ai reçu la bafouille de 18 pages de notre Ministre intitulée « Premières décisions sur l’évolution des métiers de l’Éducation Nationale »  : 18 pages pour ne rien dire, ne rien décider de concret car « décider de clarifier », « décider de redéfinir », « décider de reconnaître », « décider de conforter », « décider d’améliorer le pilotage… » (j’en passe et des meilleures), comme un leitmotiv incantatoire. Ce n’est rien d’autre que ne rien décider du tout !

Les revendications de la CGT sont concrètes et nécessitent de faire des choix politiques. Les vraies décisions sont encore à prendre. Quelle société voulons-nous ? Quel service public d’Éducation voulons-nous ? L’avion est plein de pilotes mais n’a plus de carburant, plus de raison de voler. Un bon service public n’est pas rentable, ne doit pas être rentable : l’Éducation, la Santé, les conditions de travail, nos vies… Cela n’a pas de prix !

Catherine LEWANDOWSKI