RYTHMES SCOLAIRES : Le compte n’y est toujours pas… Restons mobilisé-e-s ! ...

 

Cette année a été marquée par la généralisation de la réforme des rythmes scolaires.
Quel qu’ait été le point de vue de chacun au départ, nous constatons tou-te-s les mêmes difficultés : confusion entre les différents temps de la journée et entre les missions, multiplication des conflits d’usage pour les locaux, fatigue accrue, dépenses supplémentaires...

La désorganisation inhérente aux multiples variantes des temps périscolaires a même un impact négatif sur les temps scolaires (confusion des élèves, détérioration des conditions d’hygiène par manque de temps pour les collègues territoriaux). Il faut à cela ajouter les multiples réorganisations suite aux changements de municipalités.

Les conditions de travail de tous personnels (enseignants, animateurs, ATSEM, agents d’entretien ...) se sont nettement détériorées. Partout, les tâches se sont multipliées ou précarisées. Les enseignants se trouvent ainsi sollicités pour la gestion des TAP-NAP (inscription, répartition des élèves..). La conséquence est un net sentiment de déqualification avec le sentiment de gérer le temps ou de trier-répartir, missions nouvelles éloignées du rôle pédagogique.

Les emplois du temps des personnels deviennent un vrai casse-tête faute de cadrage national et d’autonomie des collectivités territoriales. Ainsi, chaque ville, voire dans certains cas certains groupes scolaires d’une même commune, a une organisation propre. Ces organisations disparates impactent sur l’amplitude horaires des enseignants remplaçants qui voient leur temps de travail et de trajet augmenter. De même, mes personnels territoriaux sont désormais obligés de fractionner leurs temps d’intervention ou de les prolonger dans certains cas.

Pour autant, concernant la réintroduction de la demi-journée, les variations sont moins nombreuses que prévues. Dans les faits, 94 % des communes ont choisi la classe le mercredi matin contre 4 % le samedi matin. Dans 61 % des cas, les communes ont fait le choix de réduire la journée de 45 minutes, 34 % ont augmenté la pause méridienne, 32 % ont fait des TAP de d’1h30 ou de 2H ; 9 % seulement ont opté pour l’après midi libéré proposé par le décret Hamon.

Dans 71 % des cas les TAP sont pour le moment gratuites (payantes via la fiscalité locale ou par l’introduction d’activités chevauchant TAP et périscolaire…). 63 % des communes utilisent les salles de classe. Et 74 % de celles qui utilisent les salles de classe reconnaissent que cela a occasionné des conflits. L’augmentation de fréquentation du périscolaire a eu des conséquences lourdes sur les territoires : réorganisation des services de l’enfance, des services d’entretien (modification des horaires et des fiches de postes pour 85 % des communes), multiplication des recrutements nécessaires en personnels d’encadrement. Cela a entrainé des difficultés de recrutement des animateurs et plongé 73% des collectivités dans la difficulté. Ainsi d’une commune à l’autre, les normes d’encadrement sur le temps de restauration varie de 1 pour 8 à 1 pour 40, le système de restaurant scolaire à un self ayant pour vocation de faire de la masse... 7 villes sur 10 ont investi dans des formations : elles concernent à 70% les techniques d’animation, à 67% les activités des enfants, à 48% le BAFA et à 27%, la psychologie de l’enfant. Elles concernent, à 86%, les animateurs, puis, les ATSEM, à 54% et enfin, à 36%, les responsables périscolaires.

En conséquence, les communes dotées, avant la réforme, de structures péri éducatives de qualité ou dotées d’une certaine puissance fiscale s’en sortent relativement bien (même si elles ne peuvent généraliser leurs dispositifs sur l’ensemble des écoles...). Ce n’est pas le cas de beaucoup de communes. De même, le coût de la réforme est en moyenne de 175 € supplémentaires par enfant et par an. Mais ce n’est qu’une moyenne… Par des effets d’économie d’échelle, ce coût est logiquement plus important dans les collectivités de 2 000 à 10 000 habitants (196 €) que dans celles de plus de 30 000 habitants (175 €). Ces chiffres, issus d’un sondage de l’ANDEV (associations d’élus) attestent d’une aggravation des inégalités territoriales issues de la généralisation de la réforme des rythmes scolaires.

Par ailleurs les écoles privées ne sont pas obligées de se conformer à la loi d’airain des rythmes scolaires. Beaucoup d’entre elles s’en sont passé et d’autres y ont renoncé après avoir expérimenté la chose en 2013-2014. Il semble que Dieu n’ait pas choisi le décret Peillon. La conséquence est que, dans nombre de communes les structures communales, du conservatoire au centre de loisir en passant par les écoles sportives, sont ouvertes le mercredi matin pour les élèves du privé. Outre l’encouragement que l’on peut y voir pour les écoles religieuses, on y décèle aussi un vrai clivage social : qui peut payer l’école privée ?

Dans tous les cas, le constat est frappant. La priorité du Ministère a été placée sur le péri éducatif sans que l’on s’interroge sur la qualité de tous ces temps. Aujourd’hui, notre responsabilité est de dresser un bilan commun exigeant et critique de cette réforme avec l’ensemble des acteurs. Nous devons également réfléchir aux modalités d’expression et d’action pour porter collectivement des revendications comme le cadrage national ou la suppression immédiate de cette réforme, mais aussi réfléchir à une Ecole qui favorise le bien-être des élèves et des personnels.


Une intersyndicale nationale doit se tenir le 5 mars à Montreuil.