RASED : Bilan du Groupe de Travail ministériel

 

Voilà que le nouveau ministre, à peine arrivé, met en discussion avec les organisations syndicales un projet de nouvelle circulaire, qui confirme les intentions du précédent.

Le leadership de l’IEN est confirmé. L’ensemble des personnels des RASED est directement sous son autorité et il pilote les aides spécialisées. Le RASED est « une des composantes du pôle ressource de la circonscription ». Le périmètre d’action des collègues se confirme aussi : si les E sont localisés sur un groupement d’écoles (ce qui est déjà beaucoup), les G et les psychologues rayonnent sur l’ensemble de la circonscription ou (mais cela risque d’être rare) un secteur infra-circonscription défini par l’IEN. La fonction de référent auprès des autres enseignants se précise. Elle fait partie de ce que les auteurs du projet de circulaire appellent l’aide indirecte.

Enfin, le projet marque le retour de la médicalisation de l’échec scolaire. Le document indique que les postes G sont chargés de « l’aide à la gestion des comportements ».

La mission est désormais de s’intéresser aux élèves qui « compromettent leurs apprentissages et perturbent le déroulement de l’enseignement ».

Traduction concrète, le maître G est destiné à servir de pompier ou de ressource pour les enfants difficiles à gérer dans le cadre de la classe. Parallèlement, son temps consacré aux enfants évolue : il ne doit plus intervenir que pour des besoins ciblés et un temps donné, et, bien sûr, avec l’accord de l’IEN. Faire du maître G quelqu’un qui aide à la gestion des comportements ne peut absolument pas être neutre, dans une situation où nous savons que les tendances scientistes en psychologie s’expriment principalement à travers les neurosciences et surtout les thèses comportementalistes.

Le rôle défini du psychologue de l’Éducation nationale, référent des enseignants, artiste des batteries de tests, qui seraient scientifiquement exacts, ou passerelle vers une prise en charge extérieure n’a rien non plus qui puisse rassurer.

Cette médicalisation de l’échec scolaire n’est pas nouvelle : le concept de « trouble spécifique des apprentissages » qui donne lieu à une évaluation en Grande Section, en est le fer de lance. Il s’agit de faire oublier que l’échec scolaire est social, qu’il est lié intimement à la formidable machine de reproduction sociale qu’est l’École. Pour dégager de ses responsabilités le système éducatif et ceux qui le pilotent, pour rejeter la responsabilité de l’échec sur les élèves et les familles, on a inventé ces troubles. Comme corollaire, bien entendu, il fallait écarter les courants psycho-logiques peu enclins à valider ces TSA ni la vision dominante de la psychologie comme science exacte. Ainsi les formations sont de plus en plus débarrassées de l’apport pourtant essentiel de la psychanalyse.

Au final, rien de nouveau ni de rassurant sous le soleil. Pour la CGT Éduc’Action, un chemin tout différent doit être emprunté. Il est d’abord indispensable que soient restitués tous les postes supprimés par Châtel (5 000). Ensuite, il faudra rétablir les RASED dans les groupes scolaires, inscrits au plus près de la réalité des élèves, des familles, de la difficulté, donc afin que les enseignants spécialisés et les psychologues puissent enfin exercer normalement leurs missions de prévention et de remédiation et ne soient plus destinés à renforcer les équipes de circonscription, à participer à une entreprise idéologique visant à médicaliser l’échec scolaire.

Jean Grimal