Quand les CM2 emménagent au collège

 

Depuis la mise en place du nouveau cycle III (CM1-CM2-6e) il y a 2 ans, de nombreuses expérimentations de classes de CM2 au collège, ou d’inclusions, apparaissent partout en France. C’est le cas dans des départements ruraux, mais aussi dans certaines villes comme à Villetaneuse, Soissons ou Bischwiller.
Un projet de « mixité partielle » est actuellement proposé dans un collège de Lille en
REP+ et prévoit d’inclure deux classes de CM2 sur des créneaux communs avec les 6e. Ce cas précis est un « dommage collatéral » du dédoublement des CP-CE1 en REP+ qui a pour effet de pousser les murs des écoles jusqu’aux collèges.
Un rapport de l’IGEN de 2016 évoque un « impact pédagogique inexistant dans le cadre des liaisons CM2-6e ».
Selon l’Inspection Générale, les obstacles majeurs sont d’ordre organisationnel,
de gestion des ressources humaines, des moyens attribués, mais aussi de la difficulté de faire coexister deux cultures professionnelles.
Ainsi, ces projets de mixité se veulent un temps de partage de pratiques, voire d’initiation à la pédagogie coopérative. Mais en réalité, ce n’est pas tout à fait comme cela que ça se passe.
Les collègues de collèges et d’écoles primaires n’ont pas attendu ces préconisations pour mettre en commun des projets et partager leurs expériences. Le plus gênant reste la manière de procéder de notre administration qui nous impose des pratiques censées « améliorer » les apprentissages (et leurs conditions) sans même inviter
les collègues à la construction du projet.
Ainsi à Olliergues (63), des profs de maths et de français découvrent dans leur casier une « base de travail » de classe mixte CM2/6e les impliquant fortement avec la PE de CM2 de l’école voisine. Ce projet provoque inquiétudes et interrogations, alors qu’une réunion est annoncée dans les 15 jours pour discuter de sa mise en œuvre globale. Cette idée émane de la circonscription « pour sauver l’école primaire » (qui voit ses effectifs diminuer de manière importante), mais sans concertation avec les personnels concernés. Si la collègue de primaire est rassurée par l’IEN sur le maintien de son poste (vraie promesse ?), les collègues du secondaire découvrent, stupéfaits, qu’ils sont au cœur du projet, sans leur accord.
La crainte majeure est de voir glisser les missions particulières des enseignant·es,
mais aussi une augmentation des heures de service. Cela peut aussi entraîner une lourde charge supplémentaire de travail si ces temps de concertation et de préparation ne sont pas inclus dans le temps de service des personnels.

La CGT Éduc’action n’est pas opposée aux relations entre collègues du cycle III, mais exige que des moyens supplémentaires soient déployés. Elle insiste surtout pour que ces temps soient inclus dans notre service et que tout projet résulte
de la volonté des collègues, sans pression hiérarchique.

La CGT Éduc’action dénonce ce type d’expériences locales dangereuses car elles contribuent à davantage territorialiser l’École et rompre avec le principe d’égalité.