Psychologues scolaires : Un nouveau corps et tous les problèmes seraient réglés ?

 

Comme prévu, la création d’un corps de psychologues de l’éducation nationale devrait se faire avant la cessation d’activité de l’actuel gouvernement.
Le ministère a donc suivi la voie qu’il avait tracée avec l’accord des associations professionnelles et des syndicats majoritaires. Sans tenir compte des critiques ni de l’histoire des psychologues scolaires, dont Henri Wallon, leur initiateur, estimait obligatoire leur passage par la case instituteur. Il semble que le peur d’un remake de 2003 (tentative de régionaliser les COP) soit largement à la source de la ferveur avec laquelle certains syndicats du secondaire défendent la création. Mais il y a aussi cette volonté d’être reconnus comme psychologues à part entière, portée par les associations professionnelles de psychologues scolaires, alors même que ce statut leur a été accordé il y a belle lurette. Pourtant des tas de questions restent sans réponses ; et d’abord la principale : que cherche ce gouvernement, qui casse l’Éducation nationale depuis quatre ans avec ce statut ? Qui dit qu’ensuite, au lieu d’empêcher la régionalisation des personnels, ce statut ne la favorisera pas ? Quel mouvement national va pouvoir exister avec un corps de 5 000 à 6 000 personnes ? Voici d’autres interrogations.
Quid de leur rémunération ? Nous savons qu’aujourd’hui, après la suppression des 5000 postes de RASED Sous Darcos et Châtel, jamais remise en cause par Peillon, Hamon ni Vallaud-Belkacem, les liens entre les collègues chargés de classe et les collègues spécialisés, notamment les psychologues scolaires, se sont distendus. Qu’en sera-t-il désormais avec des psychologues qui « accompagnent en tant que de besoin les équipes pédagogiques dans les actions visant la mobilisation des élèves dans leur scolarité. » ?
Enfin, il faut dire un mot de ce qui nous semble la principale réponse à la première question (pourquoi ce statut). Depuis des années le métier de psychologue scolaire évolue, en même temps que les cognitivistes prennent le pas sur les psychanalystes, dans la formation, dans les idées véhiculées. Les idées dominantes sont celles de la classe dominante, disait Marx ; voilà qui se vérifie de nouveau.
Exit le côté aide aux élèves en difficulté qui était la feuille de route des RASED. Les psychologues de l’éducation nationale version premier degré n’ont plus qu’une mission : « mobiliser leurs compétences en faveur du bienêtre psychologique et de la socialisation de tous les enfants.. » Et rien qui ait un quelconque rapport avec la réussite scolaire, et encore moins avec la promotion collective.
En revanche, bilan, diagnostic, psychologue comme gare de tri, en veux tu en voilà. Même la prévention est conçue, non comme un accompagnement de longue haleine, mais comme une série de diagnostic, un repérage réduit aux « risques de désinvestissement et de rupture scolaires ».
Bref, c’est la dernière pierre d’une entreprise de longue haleine visant à éloigner les psychologues des salles des maitres. Et c’est une pierre de plus à la mort lente des RASED, en attendant que les maitres E deviennent des enseignants de soutien et que les maitres G disparaissent. C’est la suite logique de la ligne suivie à ce sujet par le ministère, avec la circulaire de 2014 et les pôles de ressource mettant tous les spécialisés dans le pot commun de la circonscription, sous la responsabilité directe de l’IEN.
La CGT Éduc’action était, dès le début, défavorable à cette création d’un corps (ou, plutôt, de deux demi-corps). La perspective qui s’annonce et les conditions concrètes ne nous font pas changer d’avis, loin de là. D’autant plus qu’aux dernières nouvelles (mais nous n’en avons pas eu depuis longtemps à ce sujet), les psychologues scolaires actuels perdraient leur statut s’ils ne voulaient pas intégrer le corps et deviendraient « PE ». Une iniquité de plus pour ce gouvernement. Tout doit être bouclé d’ici fin 2016.
Jean GRIMAL et Yvon GUESNIER