Pédagogie… Nouveaux programmes « Clarificateur », « ajusteur », le nouveau métier du ministre...

 

La valse des ministres entraine bien souvent une réécriture des programmes et Jean-Michel BLANQUER n’y échappe pas. Il en profite pour les marquer largement d’une idéologie très libérale accordant une confiance absolue et exclusive aux « saintes » neurosciences.
Alors quels changements ?
En français : c’est le prédicat qui est supprimé avec le retour aux compléments qu’ils soient d’objet direct, indirect, circonstanciels (temps, lieu, cause). L’attribut du sujet, l’épithète, les adverbes, les conjonctions, les prépositions, les notions de polysémie et d’homonymie reviennent comme dans les programmes 2008.
Au cycle 2, il est demandé que soient organisées plusieurs séances quotidiennes mettant en relation grammaire, vocabulaire, orthographe. L’apprentissage de la lecture est abordé par le prisme du décodage et codage alphabétique et de la mémorisation des mots. Les démarches et stratégies de compréhension font l’objet de séances dédiées. L’oral doit être travaillé dans une grande variété de situations scolaires et faire l’objet de séances spécifiques. La ritualisation, la répétition, la régularité des séances de lecture et d’expression orale et écrite sont édictées comme les seules conditions du progrès.
Au cycle 3, l’écriture et la dictée doivent être quotidiennes (ce qui n’est pas vraiment nouveau…). L’écriture devient un outil au profit de la grammaire où la création et l’expression sont secondaires. Le passé composé et le plus-que-parfait s’ajoutent au présent, futur, imparfait et passé simple.
En mathématiques : seule la classe de CP dispose de nouveaux documents qui proposent des exemples de tâches présupposées favoriser le 100% réussite. Les objectifs apparaissent assez irréalistes posant des exigences prématurées.
Ces ajustements donnent des trésors d’imagination pour la progression concernant l’apprentissage de la Marseillaise avec un découpage annuel. En CP, les élèves "apprennent à reconnaitre la Marseillaise", en CE1 ils apprennent un couplet, en CE2 ils apprennent ce couplet par cœur et enfin en CM1, ils apprennent d’autres couplets.
Le principal enseignement de ces ajustements est que ces nouveaux programmes sont un vrai retour à la philosophie des programmes de 2008. Ils ne laissent aucune place à l’élève qui serait co-constructeur·trice de savoirs. Il-elle est plutôt vu·e comme un objet scientifique devant répondre à des stimuli proposés par l’enseignant·e qu’il-elle devra intégrer par des dispositifs pédagogiques qui seront en conséquence unidirectionnels et très répétitifs.
Au-delà du contenu, on retiendra la méthode utilisée pour construire ce projet. Aucun dialogue, sinon les échos de la sphère scientifique des neurosciences et un projet imposé aux forceps en juillet. En réalité, le vote au CSE s’est déroulé autour d’une table au trois quarts vide. Le ministre a évacué toute possibilité de travail avec les représentant·es du personnel qui auraient pu contribuer à la construction de programmes émancipateurs. Quinze mois du même déni du dialogue social et scientifique.