Note sur le nouveau décret Rythmes scolaires : Pourquoi la CGT Éduc’action a refusé de prendre part au vote sur la question des rythmes scolaires…

 

Alors qu’il avait annoncé que la question des rythmes scolaires ne serait pas une priorité pour la rentrée 2017, le ministre Blanquer a joué le coup de force en présentant au Conseil Supérieur de l’Éducation le 8 juin dernier, un projet de décret dérogatoire aux décrets Peillon-Hamon. Ce texte vise tout simplement à permettre de revenir à une semaine de 4 jours et ce dès septembre 2017, si les collectivités, les conseils d’école et les directions académiques trouvent un accord.
Cette méthode de travail unilatérale est inacceptable pour la CGT Éduc’action, et cette dernière a décidé de ne pas prendre part au vote.
Depuis 2012, la CGT Éduc’action n’a jamais cessé de combattre les décrets Peillon-Hamon car ils instaurent, entre autre, une véritable territorialisation de l’école primaire, de la fatigue chez les élèves et les personnels, une dégradation des conditions de travail et d’étude, une concurrence accrue entre l’enseignement public et privé… Elle dresse aujourd’hui un bilan négatif de cette réforme et exige toujours son abrogation.
En proposant un nouveau décret dérogatoire rompant avec l’idéologie de la précédente réforme, le ministre cherche à piéger les personnels et les organisations syndicales qui se sont montrés hostiles à la réforme inscrite dans la Loi de Refondation. Cependant, pour la CGT Éduc’action, il n’est pas question d’accepter cette nouvelle réforme qui permettrait aux collectivités de revenir à la semaine de 4 jours prévue par le décret Darcos de 2008. Nous étions déjà largement opposé-es à cette organisation qui avait pour principal objectif d’accéder à une revendication des professionnels du tourisme, mais surtout d’introduire deux heures d’aide pédagogique dans les classes au détriment des RASED et de l’enseignement adapté. Nous dénoncions à l’époque la fatigue occasionnée par ce rythme intense de 4 jours, des semaines trop lourdes qui posaient problème, la perte de 2h d’enseignement pour tous/toutes les élèves ou la perte de lien entre les familles et les enseignant-es. Accepter un tel décret voudrait dire que la CGT Éduc’action validerait la volonté du gouvernement de supprimer définitivement le cadre national de la semaine et de l’année scolaire. En permettant aux collectivités territoriales de définir très localement le nombre de jours hebdomadaires d’école, mais aussi en modulant le nombre de semaines de vacances, le ministre construit une Education nationale pour les élèves, comme pour les personnels, à plusieurs vitesses. Les répercussions seraient désastreuses pour l’organisation des temps de travail des personnels. On imagine ainsi les concurrences entre collègues pour obtenir des affectations qui respecteraient au mieux leurs conditions de travail et le casse-tête des emplois du temps des personnels remplaçants qui alternent entre plusieurs écoles aux rythmes différents.
Cette organisation aura de lourdes conséquences pour les personnels des collectivités ou des associations qui interviennent sur les activités périscolaires. Des milliers d’emplois seront supprimés.

La CGT Éduc’action a fait le choix de la cohérence et ne change pas de revendications au milieu du gué. Si elle est consciente que les collègues ont besoin de retrouver des temps de respiration dans leur semaine ou sur l’année, elle refuse que cela se fasse de façon isolée dans chaque conseil d’école et dans chaque commune. De plus, nous savons très bien que les votes de ces conseils d’école ne sont pas ceux des seul-es enseignant-es. C’est un leurre de croire que les collègues seront toujours écouté-es. Les autres partenaires ont un poids énorme dans les prises de décisions. L’enjeu économique pour les collectivités est immense et nous sommes persuadés que les pressions interviendront ici ou là sur les personnels et les familles pour revenir à une semaine scolaire qui soit du goût des décideurs-payeurs.
La CGT Éduc’action estime qu’elle n’a pas à prendre part à un vote sur un texte qui a été écrit sans concertation, qui aménage des réformes libérales qu’elle dénonce et qui précarise les personnels. Nous refusons de rentrer dans ce jeu du moins pire qu’on nous propose.
Plus que jamais, nous restons persuadé-es que réformer les rythmes de vie des enfants ne peut se résumer à un simple choix d’une semaine d’école à 4 ou 5 jours. De plus, ces décisions ne peuvent se prendre que dans un cadre national garantissant l’égalité de traitement des élèves et des personnels, et dans une large concertation.
Pour cela, la CGT Éduc’action exige l’abrogation de tous les décrets existant depuis 2008 et l’ouverture immédiate de négociations d’ampleur avec tous les acteurs de l’École. Il faut réfléchir à la place des enfants dans l’école et leurs conditions d’accueil (classes surchargées, programmes inadaptés, temps de transport allongés dans les zones rurales et les regroupements pédagogiques, conditions d’accueil et encadrement à la cantine, à la garderie ou à la sieste), aux rythmes des parents et au temps de travail des enseignant-es.
Nous ne pourrons pas sortir de ce débat si nous continuons à faire correspondre les horaires nécessaires des élèves (26h hebdomadaires) et les exigences de temps de travail des personnels. Choisir entre 4 et 4,5 jours de classe ne permettra pas de réduire significativement le temps de travail des personnels. Il est temps d’exiger une réelle et totale déconnexion des heures élèves des heures des adultes avec la diminution immédiate à 18h de classe et 6h de concertation pour les enseignant-es, mais aussi à la généralisation du principe « plus d’enseignant-es que de classes ».
Pour la CGT Éduc’action, réussir une réforme des rythmes, c’est aussi réfléchir au traitement des difficultés scolaires sur les temps de classe, exiger la stricte alternance des 7 semaines de classe et 2 semaines de vacances dans le cadre des 36 semaines annuelles.

Ensemble, exigeons tout de suite de véritables négociations.