Loi Blanquer au Sénat : un renforcement de l’École libérale

 

Cent quarante et un amendements ont été proposés, dont un très “emblématique” et surtout médiatique visant à supprimer l’article 6 quater et la possibilité de créer des établissements publics locaux d’enseignement des savoirs fondamentaux (EPSF).
La procédure accélérée engage le Sénat à trouver un terrain d’entente avec l’Assemblée nationale qui doit aboutir à un texte commun. En accord avec sa vision
de la société du chacun pour soi, la majorité conservatrice du Sénat n’a pas cherché à retoquer le projet de loi Blanquer. Ainsi, les amendements n’avaient d’autre ambition que de faire taire la contestation en donnant l’illusion d’avoir écouté et compris les acteur·trices de l’École, tout en renforçant les cadeaux aux acteurs privés (jardins d’enfants privés, formation des 16-18 ans confiée au privé détruisant de fait les lycées professionnels).
Tout ceci s’est fait selon une vraie volonté d’imprimer une idéologie libérale qui place le mérite, le contrôle, l’évaluation, le tri social au cœur même de la philosophie de la loi. Blanquer a déroulé un programme en gestation depuis plusieurs années qui n’avait aucune intention de dialogue avec la communauté éducative sinon celle issue de la pensée dominante, élitiste et sélective. Et contrairement à ce qu’affirment les sénateur·trices le projet de loi de l’École de la confiance n’a rien d’insignifiant.
Les amendements sur l’interdiction du port du voile pour les accompagnatrices scolaires, sur la scolarisation des enfants étrangers ou le maintien de l’article 1 viennent renforcer le projet de loi. Les parlementaires ont préféré ajouter la devise de la République à la liste des affichages plutôt que de supprimer purement et simplement l’article 1 qui met à mal notre liberté d’expression.
Il en est de même pour la création du conseil d’évaluation de l’École : “placé auprès du ministre chargé de l’éducation nationale, est chargé d’évaluer en toute indépendance l’organisation et les résultats de l’enseignement scolaire ”. C’est une véritable déclaration de guerre à l’encontre de notre professionnalisme. Il est bien précisé que les outils et les analyses des résultats sont la propriété du ministère sous la protection « bienveillante et éclairée » des expert·es que sont les « neuropathes » des apprentissages. Les kits déjà en circulation seront généralisés (cf. Agir pour l’École). Il ne reste qu’à « mater » et formater » les petits robots qui mettront en œuvre un programme idéal de sélection et de tri. Sans compter que le gouvernement s’autorise, avec l’article 22, à procéder à toute modification jugée utile par voie d’ordonnance.
Continuons à être déterminé·es pour défendre un service public d’éducation de
qualité. Rejetons la politique éducative rétrograde conduite à marche forcée !