Liaison école-collège : Classes bilangues : What a puff* !

 

2005 : la circulaire de rentrée développe pour la première fois le terme de classe bilangue « dans le cadre du développe-ment de l’allemand » ; la notion de « continuité » avec le cycle 3 est ainsi indiquée. Dans les faits, elle ne sera que rarement effective, faute de moyens hu-mains et financiers. On dissuadera même les professeur-es des Écoles habilités de l’enseigner si l’allemand n’est pas enseigné dès la sixième au collège : le serpent se mord la queue…
Rentrée 2014 : entre 13 et 16 % des collégiens suivent une option bilangue ; les chiffres varient…
11 mars 2015 : en présentant sa réforme du collège, Najat Valaud-Belkacem supprime les classes bilangues et les sections européennes. Pour elle, ces classes seraient source d’élitisme et de contournement de la carte scolaire par des parents cherchant à inscrire leur enfant dans une de ces classes. L’allemand serait source d’inégalité entre les élèves, et favoriserait ainsi la « ségrégation scolaire, sociale (…) eth-nique » (AC Lang à l’Assemblée nationale le 11 juin 2015).
Tollé, pas seulement chez les professeur-es d’allemand qui craignent, à juste titre, de voir fondre leurs heures d’enseignement et leurs postes, mais aussi chez nos voisins d’outre-Rhin : l’Allemagne, par le biais de son ambassadrice à Paris, interpelle alors la ministre de l’Éducation nationale. Et cela fait mouche ! On invente alors le terme de « classe bilangue de continuité » avec cette condition : quand l’allemand aura été enseigné dès le CP, alors l’élève pourra continuer au collège dans une classe bilangue… Du moins si la dotation horaire suit (soit en interne au collège, soit par le biais de dotations académiques supplémentaires). C’est ce qui ressort de l’article 8 de l’arrêté du 19 mai 2015 : « Les élèves qui ont bénéficié de l’enseignement d’une langue vivante étrangère autre que l’anglais à l’école élémentaire peuvent se voir proposer de poursuivre l’apprentissage de cette langue en même temps que l’enseigne-ment de l’anglais dès la classe de sixième. Le cas échéant, une dotation horaire spécifique peut être attribuée à cette fin. » On notera le « peut » qui laissera bien des interprétations… On peut même craindre que certains collèges soient tentés, à partir de la classe de cinquième, de réunir les élèves du dispositif bilangue dans le cours de LV2 sans tenir compte de l’année d’apprentissage reçue en sixième.
Résultat : si 100 % du volume des classes bilangues sont maintenus à Paris, 95 % sont supprimés dans l’Académie de Caen, 75 % à Rouen, 67 % à Lyon, Grenoble et Poitiers. Il faut dire que le recteur de Paris est revenu de son dernier voyage à Berlin avec des conceptions émoustillées sur l’apprentissage des langues. D’un coup, du tout anglais (ou presque) enseigné dans les écoles parisiennes (comme dans 92 % des écoles françaises), la part de l’allemand va exploser. Le Rectorat mobilise ses IEN, recense les professeur-res des écoles habilité-es (les mêmes à qui on avait parfois interdit d’enseigner l’allemand dans leur classe) qui sont alors sommé-es de se soumettre à un test de niveau par Internet, puis sont inscrits-es d’office à des stages (de trois fois trois heures…) au Goethe Institut pour une « remise à niveau linguistique ». Le tout, bien entendu, hors temps scolaire et prévenu moins d’une semaine avant !!! Avec à la clef, pression pour que l’enseignant-e se sente contraint-e et forcé-e d’enseigner l’allemand, dans l’urgence, dès le retour des vacances d’hiver, sous peine de priver les élèves de l’école de pouvoir postuler à une classe bilangue à la rentrée de septembre 2015. Et cerise sur le gâteau, comme il va être compliqué d’imposer à tous les élèves d’apprendre l’allemand sans délaisser l’anglais en CM2, ce sont les temps d’APC qui sont préconisés pour dispenser cet enseignement !!! Bricolage certain, car les écoles ne sont pas équipées en matériel didactique et surcharge d’enseignement pour les élèves.
Dans tous les cas, la CGT Éduc’action tient à rappeler :
-  que personne, fût-il-elle recteur-rectrice ou ministre, ne peut contraindre un-e enseignant-e à effectuer un stage hors temps scolaire.
-  qu’aucun-e enseignant-e ne peut se voir imposer le con-tenu des APC, pour les-quelles nous avons déjà expliqué et argumenté qu’elles devaient disparaître.
-  que les écoles doivent disposer des moyens humains et matériels indispensables pour assurer leurs missions pédagogiques.
-  que la réforme du collège et ses dérivés néfastes tels que ceux décrits plus haut doivent être abrogées.
Henri BARON
* Quel bordel ! (en anglo-germanique)