Le mot du mois : Rentrée...

 

RENTRÉE

Rentrée a cinq cents ans et s’utilisait alors comme synonyme de retraite. Faire sa rentrée aurait à l’époque de François 1er davantage signifié faire sa sortie, se retirer du monde... Nous y voilà ! Le lien peut nous paraître désormais évident !

On oubliera le sens que lui donnent les chasseurs, lorsqu’ils guettent leurs proies : la rentrée des amateurs de petit et gros gibiers est « le retour des animaux dans le bois au point du jour » [1]. Même si le MEDEF et ses alliés du Gouvernement aimeraient bien faire la peau du salarié…

Les musiciens adoptent ce terme pour désigner, dans l’exécution d’une partition, la reprise d’un instrument après une période de silence. La partition sur les retraites, nous commençons en saisir la mélopée libérale, quand elle ne tourne pas à la cacophonie…

En 1718, le mot prend quasiment son sens actuel : on parle de rentrée pour désigner le début de la saison théâtrale ou celle du Parlement. Le sens est resté aujourd’hui, quand on dit d’un artiste qu’il effectue sa rentrée, son « retour à la scène après une interruption » [2]. Rentrée s’appliquera peu à peu à la « reprise des activités (de certaines institutions, des politiques) après une interruption » [3], une vacance (ou des vacances).

Voici donc le sens qui intéresse les enseignant-es ! Jules Ferry rendant l’école obligatoire, la rentrée des classes, apparue depuis 1822, devient populaire... même si elle est plus ou moins appréciée des uns ou des autres !

Une rentrée d’argent, la rentrée des foins : ces termes suggèrent une mise à l’intérieur de ce qui attendait à l’extérieur, une mise à l’abri. Souhaitons à toutes et à tous, que cette rentrée contribue à "mettre à l’abri" non seulement nos élèves, en développant leurs capacités et connaissances, en les aidant à s’épanouir, à construire progressivement leur avenir de citoyens adultes, éclairés et responsables, mais aussi nos acquis sociaux - dont la retraite - à l’heure où ils sont attaqués de toutes parts, y compris par ceux-là mêmes dont on pourrait penser qu’ils ont été élus pour les défendre !


[1Dictionnaire de l’Académie Française, Paris, 1694

[2Le Robert Collège, Paris, 2005

[3ibid.