Le mot du mois : Grève

 

Le mot grève tire son origine du latin populaire (1190) issu lui-même du gaulois grava – sable, gravier – qui désigne, par extension, une plage de sable. La Place de Grève, à Paris, était un lieu en bord de Seine, où étaient exécutés les condamnés. Située à l’emplacement de l’actuel Hôtel de Ville, sur une plage qui descendait en pente douce jusqu’à la Seine et où accostaient les embarcations : c’est là que se réunissaient les ouvriers en quête de travail, pour charger ou décharger les marchandises. Ainsi, le slogan de Mai 68 « Sous les pavés, la plage » n’était-il pas si éloigné de la réalité…

Mais, du coup, le mot grève comme arrêt volontaire du travail est à l’origine un contresens : aller en grève signifiait alors être disponible pour un emploi…

Au 19e siècle, grève désigne une cessation de travail (1805). Elle est d’ailleurs interdite depuis 1791 et les lois Le Chapelier ; le Code Pénal de l’empereur Napoléon 1er renouvelle l’interdit (1810). Ce qui n’empêche pas les Canuts lyonnais de cesser le travail (1831, 1834, 1848 et 1849) ; la répression est parfois féroce… Puis apparaît le terme gréviste (1821). Il faudra encore attendre 1864 et la loi dite Ollivier pour que le droit à la coalition (grève) soit reconnu et cesse d’être un délit. La loi Waldeck-Rousseau de 1884 autorise les associations professionnelles (syndicats), mais punit l’entrave au travail (piquet de grève). Le droit de grève est garanti dans le Préambule de la Constitution (1946) mais ce n’est que le 7 juillet 1950 qu’il est accordé aux agents de l’État.

C’est aux grèves que nous devons de nombreuses conquêtes sociales. En témoignent celles de 1936 (congés payés, conventions collectives, délégués du personnel…). Dans les entre-prises, les grèves peuvent permettre d’arracher de meilleures conditions de travail, une augmentation de salaire. Par la grève, les personnels peuvent aussi défendre des acquis, s’opposer aux licenciements…

Régulièrement attaqué, le droit de grève a été limité par la mise en place du Service Minimum d’Accueil dans les écoles maternelles et élémentaires en 2008 ; depuis cette date, les enseignant-es chargé-es de classe doivent déclarer à leur supérieur hiérarchique direct, quarante-huit heures avant le jour de grève (dont au moins un jour ouvré), leur intention d’être gréviste ; les communes sont contraintes d’instaurer un SMA dans les écoles où au moins un quart des enseignant-es sont grévistes. Le SMA porte atteinte au droit de grève des personnels ; c’en est même l’unique objectif, sous le fallacieux couvert d’aide apportée aux familles. La CGT n’a de cesse de demander l’abandon du SMA, mais l’actuel Gouvernement fait, dans ce domaine encore, la sourde oreille…

Grève : un mot que certains voudraient voir banni du vocabulaire et de la vie sociale de notre pays. La CGT, est pour sa part, indéfectiblement attachée au droit qui l’accompagne. La CGT Éduc’action compte bien l’exercer avec l’ensemble des personnels le 18 mars, un certain jour anniversaire de la Commune de Paris, dont le pro-jet éducatif (gratuité, laïcité…) fut le plus innovant depuis Condorcet.

Mais c’est déjà presque un autre sujet…

Henri BARON