Ils elles doivent trouver le chemin de l’école

 

La triste actualité de l’évacuation du camp de Calais illustre bien comment le gouvernement considère ce sujet. Les populations réfugiées, politiques et/ou économiques, subissent tous les jours une politique "sécuritaire", du repli sur soi. Elles vivent dans des conditions indignes ; les enfants ne sont pas tous scolarisé-es, leur état de santé s’aggrave tandis que dans les bureaux, les situations sont traitées au compte-goutte et le droit d’asile est appliqué de manière très restrictive. De nombreux enfants sont concerné-es, on évalue autour de 10 000 ceux qui devraient être scolarisé-es.
Dans certaines communes, il y a de la réticence à scolariser les enfants, en prenant le prétexte de l’adresse de domiciliation.
Mais souvent, c’est sous la pression de quelques parents qui menacent de retirer leurs propres enfants de l’école, que les communes rechignent à inscrire les enfants de réfugié-es.
Une difficulté supplémentaire pour les familles se pose quand elles sont déboutées du droit d’asile. À ce moment-là, elles sont expulsées de l’hébergement provisoire, en principe des CADA (Centres d’Accueil de Demandeurs d’Asile) ou CAO (Centres d’Accueil et d’Orienta-tion). Elles forment des recours à l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides), en apportant si elles le peuvent des éléments nouveaux ou des "preuves" de la persécution qu’elles subissent, preuves souvent impossible à réunir. La conséquence immédiate est la recherche de logement et, quand cela n’aboutit pas, il reste le 115. Dans ces moments difficiles, ces familles trouvent sou-vent une aide auprès de RESF, dont la CGT fait partie.
Dans un département comme l’Allier, cela n’est pas sans poser des difficultés importantes car les trois centres d’urgence du département sont distants de 70-80 kilomètres les uns des autres et les familles sont "baladées" de centre en centre. Cela ne permet pas la stabilité de la scolarisation. Le préfet a récemment déclaré que ces fa-milles n’ont pas vocation à rester sur le territoire puis-qu’elles sont déboutées de leur demande de droit d’asile !
Si de nombreux cas de familles jetées à la rue existent, heureusement, dans d’autres endroits, cela se passe mieux, notamment dans des départements ruraux où les habitant-es et les maires ont compris que cela est source de richesse et que la présence de ces familles dans le village justifie la présence des services publics comme l’école. Alors la solidarité bat son plein…
Rappelons ici que le droit à l’école est inscrit dans la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE) et dans notre Code de l’Éducation.
Tout enfant doit être accueilli-e à l’école sans distinction d’origine ou de nationalité.
Pour les jeunes mineur-es isolé-es devant bénéficier d’une protection supplémentaire, l’État est le garant de leur intégrité physique, morale et psychologique.

Le Code de l’Éducation concerne tous les enfants, sans distinction. Avant même la scolarité obligatoire, "tout enfant doit pouvoir être accueilli, à l’âge de trois ans, dans une école mater-nelle ou une classe enfantine le plus près possible de son domicile, si sa famille en fait la demande". (Art. L113-1). "Les enfants sont soumis à la scolarité obligatoire de 6 à 16 ans" (art. L131-1). "Les maires sont même tenus de recenser chaque année tous les enfants d’âge scolaire résidant dans leur commune" (art. L131-6).
Le droit à l’école, est pour tous les enfants, même ceux du 115 ou des centres d’hébergement d’urgence.
Nous savons aussi que les moyens sont largement insuffisants pour accueillir les enfants allophones.
Dès 2015, le ministère avait annoncé un renforcement des moyens pour les Unités Pédagogiques pour Élèves Allophones Arrivants (UPE2A). L’inclusion de ces enfants revêt un caractère obligatoire. Mais elle est souvent précipitée par manque de moyens et contraint l’élève à s’adapter de façon accélérée à l’institution.
De nombreux-ses collègues qui sont impliqué-es dans ces écoles témoignent que l’inclusion d’enfants de migrant-es, de réfugié-es, peut être une chance pour l’école, si on attribue les moyens et le temps nécessaires à l’élève.
Les lourdeurs administratives découragent souvent les familles.
À la CGT, nous sommes très vigilantes -et incitons nos collègues à l’être- pour qu’aucune information émanant de l’école ne soit communiquée aux autorités. Par expérience, quelques préfectures zélées ont essayé d’obtenir des données lors de l’examen des titres de séjour. C’est pourquoi, nous réaffirmons notre opposition totale à tout fichage.
Les enfants de réfugié-es doivent avoir un accès aux services publics, aux soins, au logement et au droit de vivre en France avec leur famille régularisée.

Dans le Puy-de-Dôme, les réfugié-es subissent comme ailleurs le problème de l’hébergement. RESF 63 (Réseau Éducation Sans Frontière) a fait le choix d’utiliser tous les moyens à sa disposition pour amé-liorer les situations.
Depuis septembre 2013 et l’occupa-tion de la place de Jaude à Clermont-Ferrand par des familles mises à la rue par centaines, des ré-seaux de solidarité se sont consti-tués et un suivi juridique s’est mis en place. Trois ans après, la situa-tion n’est guère meilleure. Les réunions hebdomadaires de RESF 63, le lundi soir à 18h dans les lo-caux de la LDH (Ligue des Droits de l’Homme), commencent souvent par l’examen des situations individuelles des familles à la rue.
Sur des situations spécifiques, avec l’aide d’avocat-es solidaires avec le réseau, RESF, la LDH et le DAL (Droit Au Logement) aident les familles sans abri à saisir le juge du référé-liberté. En s’appuyant sur l’arrêt du conseil du 13 juillet 2016 sur l’hébergement d’urgence, le conseil départemental ou la préfecture sont enjoints de loger des familles à la rue. Ces démarches ne règlent pas les situations sur le long terme mais elles ont souvent un effet immédiat sur l’hébergement.
Malheureusement, en 2016, des enfants sont toujours à la rue et vivent dans des conditions insoutenables.

Les jeunes étranger-ères isolé-es ont fui les famines, la misère et parfois la guerre mais sur le territoire français leur galère n’est pas finie. Le RESF 63 et la LDH accueillent tous les mercredis les jeunes étranger-ères. Ils les aident à démêler leurs difficultés avec l’administration, les scolarisent, leur trouvent parfois des lieux d’hébergement. Durant ces après-midi, les jeunes ont témoigné de leur parcours et de leur galère. Ils ont choisi de l’écrire et de dessiner. Une exposition est maintenant disponible. Elle connait un succès grandissant dans les différents festivals et lieux publics où elle se diffuse. Récits de vie, portraits, témoignages, dessins éloquents, ces paroles de jeunes étrangers isolés doivent être diffusées massivement.

Pour commander ce livret qui reprend intégralement le contenu de l’expo, envoyer un chèque (10 € par exemplaire) à : Ligue des Droits de l’Homme, centre Jean Richepin - 21 rue Jean Richepin - 63000 Clermont Ferrand.