Éducation prioritaire Cités éducatives : définition et mode d’emploi, questions et inquiétudes

 

Une mission, placée sous l’autorité du CGET (Commissariat général à l’égalité des territoires), travaille à définir les contours du cahier des charges. Une enveloppe de 34 millions d’euros est dédiée à ce programme interministériel dans le projet de loi de finances. Et l’ANRU devrait également le suivre de près.
Les territoires concernés sont les quartiers prioritaires des villes de plus de 5 000 habitants, présentant des dysfonctionnements urbains importants, manquant
de mixité scolaire avec au moins un collège en REP +, et présentant des défis particuliers (enjeu de sécurité marqué, ou difficultés scolaires renforcées).
Son objectif est d’améliorer la coordination des actions afin
d’accompagner « au mieux chaque parcours éducatif individuel depuis la petite enfance jusqu’à l’insertion professionnelle.
Le dossier est porté conjointement par la collectivité, le collège, le rectorat et les services préfectoraux. Il est cofinancé par l’État et le territoire avec un fléchage sur les missions particulières : renforcer le PRE, favoriser l’intégration du système d’accueil de la petite enfance, ou impliquer les parents et les habitants de la cité éducative à travers les conseils citoyens.
Un « fond de la cité éducative » sera abondé de 15 000 € chaque année par le ministère de la ville et du logement et une dotation annuelle exceptionnelle à parité de 15 000 € du ministère de l’Éducation nationale et de la jeunesse au Fonds social sera mis à disposition de la direction du collège tête de Cité. À noter que les autres partenaires peuvent également cofinancer. Ces fonds permettront de financer
des actions menées puis évaluées annuellement dans le cadre de la cité éducative, en privilégiant celles impliquant plusieurs établissements et des partenaires extérieurs. Le ministère de la ville et du logement veillera également à concentrer les moyens des contrats de ville dans les sites concernés, ainsi que les nouvelles mesures de la mobilisation nationale pour les habitants des quartiers (formation, apprentissage, jumelage d’institutions culturelles et micro-folies, 1000€ par place de crèche, stages de 3e, Cordées de la réussite et parcours d’excellence, parrainage, programme de 1000 adultes-relais, création de centres sociaux et de maisons
de santé et illettrisme...), en lien avec les différents ministères, opérateurs ou institutions impliqués dans la mise en œuvre (CNAF, ARS ...).
En conclusion, ces cités éducatives ne changent pas grand chose à l’existant si ce n’est un élargissement du périmètre d’action. Elles regrouperont collège, écoles primaires, lieux culturels et PRE +.
Surtout, elles arrivent dans un contexte où la « liaison école collège » est un dispositif servant dans la plupart des cas non à permettre des projets communs venus des enseignant·es, mais à distiller la bonne parole venant des directions de collège. Évidemment, rien n’est écrit en ce sens, ni avant ni depuis les cités éducatives, mais la pratique est celle-là. La cité éducative risque bien de devenir une nouvelle École du Socle avec en plus des actions de parrainage par l’emploi.
Pour la CGT Éduc’action, il y a de vrais motifs d’inquiétude :
- Les cités permettront l’institutionnalisation du·de la chef·fe, un·e principal·e, qui coordonnera et dirigera toutes les activités, qu’elles relèvent ou non de l’école. C’est donc les EPSF qui rentrent par la fenêtre avec toute leur logique, celle d’un·e chef·fe hiérarchique du second degré et celle de la territorialisation accrue.
- les cités éducatives pourraient aggraver la situation actuelle où le nouveau cycle 3 serait un prétexte à ce que les classes de CM servent uniquement à préparer le collège alors qu’école et collège sont des entités distinctes.
- c’est la remise en cause surtout de l’éducation prioritaire et c’est sa survie qui est n jeu. Il y a aujourd’hui 363 collèges REP+ en France alors que seulement 80 seraient à l’avenir concernés par les cités éducatives. En l’absence d’une liste actualisée des REP et REP+ que nous attendons depuis Najat Vallaud-Belkacem, nous pouvons légitimement nous demander ce que deviendront les 280 collèges REP+ non concernés et a fortiori les 760 collèges REP.
Tout le monde en REP ? Ou tout le monde hors de l’éducation prioritaire ? On nous
fait mariner depuis suffisamment longtemps, nous pouvons facilement imaginer le pire.