Droits des personnels : personnels Le Havre (76) : quand la lutte paie !

 

Une maladresse et un contexte difficile

Une directrice de maternelle du Havre a commis une erreur durant la mobilisation contre la loi Blanquer dite « Pour une école de la confiance » : elle a envoyé un mail aux parents d’élèves de son école dans lequel elle critiquait ouvertement le projet de loi. Deuxième problème : parmi les destinataires, figurait un personnel de la mairie du Havre. Et la mairie a transmis le mail à la DSDEN...
Alors que Le Havre était très mobilisé, cette maladresse est arrivée à point nommé pour le nouveau directeur académique qui cherchait à poser son autorité.
Mais plus grave : les relations entre la ville du Havre et les écoles étant mauvaises
depuis des années, la ville, qui rêve de diriger les écoles, a profité de l’occasion pour fragiliser une directrice. Un cocktail parfait pour frapper dur. Une intersyndicale s’est créée entre la CGTÉduc’action et le SNUipp-FSU du Havre. Avec son accord, un
courrier est rédigé, à la DSDEN pour l’avertir de l’existence des difficultés personnelles de la collègue.
Finalement la sanction tombe : un blâme et une « obligation » de participer au mouvement. La direction académique a décidé d’opter pour un bras de fer avec les enseignant·es du Havre.
Un conseil municipal houleux
Très vite, la solidarité s’est mise en place et, le 30 avril 2019, pendant plus d’une heure, le deuxième maire depuis le départ d’Édouard Philippe à Matignon, a dû faire face, pour son premier conseil municipal, à une centaine d’enseignant·es. Interruption de séance, sons de cymbales et clochettes et sous les cris de « délation ! », les manifestant·es ont rendu le conseil parfaitement inaudible.
L’opposition a rédigé une motion demandant à la direction académique de revenir sur cette décision. La motion est votée en fin de conseil et bien évidemment rejetée. Mais la presse est là. Les enseignant·es font du bruit et la mairie du premier ministre est une nouvelle fois sous les feux de la rampe. Les médias nationaux reprennent l’évènement.
En réponse aux journalistes, la directrice de cabinet de la rectrice est formelle : en aucun cas la directrice ne peut avoir deux sanctions, elle aura donc un blâme. Et elle précise qu’il lui a été demandé, « dans son intérêt », de participer au mouvement.
Une solidarité victorieuse

Aussitôt la CGT-Éduc’action 76 a demandé par mail à la direction académique de confirmer ces propos. S’ensuivent des négociations par téléphone particulièrement tendues et la DSDEN campe sur ses positions. La directrice devrait quitter son poste. Dans le cas où elle ne participerait pas au mouvement, elle serait rayée de la liste d’aptitude ce qui est la condition pour pouvoir occuper un poste de direction. Or, la
DSDEN est formelle : ceci ne correspond pas à une sanction au sens juridique du terme.
C’est ainsi que le directeur académique comptait arriver à ses fins.
Mais au Havre, les enseignant·es sont solidaires et déterminé·es. L’intersyndicale
fonctionne bien et chacun·e est intervenu·e judicieusement. Le directeur académique a finalement été contraint de faire machine arrière. Il aura appris à ses dépens que la solidarité et la résistance existent encore !