Conventions et contractualisation, pièges à c... !

 

En lisant plus attentivement, on comprend que l’État n’est contraint en rien sur la suppression des postes au cours des trois ans. Par contre, ce sont les « partenaires », notamment les élus, qui ont l’exigence de respecter leur engagement dans la mise en œuvre de la politique voulue par l’État ! Et quand bien même l’engagement de l’État à ne pas supprimer de postes apparaîtrait comme un engagement sérieux et ferme (ce qui n’est pas le cas !), pourquoi faudrait-il des contreparties impliquant tous les “partenaires” ? Tout simplement parce que ces dites contreparties sont, pour l’essentiel, la déclinaison sur le territoire de la loi d’orientation sur l’école dite loi Peillon.

Derrière ce joli bouquet d’intentions se cache une simple gestion comptable des moyens avec l’aval des collectivités territoriales touchées.

Quelques éléments d’explication : la base initiale de calcul est faussée car chacun de ces départements est déjà en déficit de postes (moyens de remplacements, RASED et classes surchargées…) et que certains départements, comme l’Allier, ont leur courbe démographique en hausse (mais la DASEN explique que cette augmentation est plus importante dans d’autres départements !!!). Ensuite, pour adoucir les décisions, le ministère s’engage à renforcer les RASED… mais dans quelles conditions et dans quel volume ? Quelle valeur peut-on porter à cet « engagement » sans connaître le nombre ? On est loin du minima exigé par la CGT Éduc’action sur la restitution des postes massivement détruits entre 2010 et 2012…

Surtout, la CGT Éduc’Action estime que cette contractualisation remet en cause l’égalité de traitement sur tout le territoire. Pire, elle instaure la mise en concurrence entre les départements (chacun va y aller de sa convention ?). Pour nous, pas question d’enlever des moyens à X pour les donner à Y. Un point nous inquiète particulièrement : celui du "maillage des écoles". Derrière cette "intention politique et comptable", il faut comprendre une volonté de concentration des moyens autour de grandes écoles ou RPI (Regroupements Pédagogiques Intercommunaux) situées dans la zone du collège de secteur. Nous dénonçons la suppression à terme des petites structures. Pour exemple dans l’Allier, la DASEN demande qu’à l’issue de ces trois ans, il y ait une “diminution de la proportion d’écoles de une à trois classes (cible de 60% à moins de 50%).” La mise en œuvre de ce “contrat” signifie la fermeture d’environ 35 écoles en 3 ans. Et on appelle ça la préservation de l’école rurale ! Dans ces conditions, quelle qualité de travail dans les petites écoles ? et avec quels moyens matériels et humains ? C’est l’application politique du "regroupement-mutualisation" à tous les niveaux de l’Etat : éducation, communes, régions... On va pousser les maires à courir après tel ou tel label, en acceptant d’intégrer tel RPI ou PEdT (Projet Éducatif Territorial) à grande échelle...

Cette recherche de concentration est à mettre en lien avec le développement du numérique, prôné par le Président de la République lors de ses vœux (mise en place d’un Espace Numérique de Travail). Cette expérimentation sera inutile et coûteuse. Pire, elle contribuera à détériorer nos conditions de travail en donnant la main aux collectivités territoriales qui financent la chose. Le numérique, solution pour mieux apprendre ? Foutaise ! En tout cas, pas à travers la mise en place de cette politique numérique là qui accentuera les inégalités.

Pour tenter de fédérer les collègues, on essaye de les flatter et on feint de les valoriser. Dans ces conventions, on les place au centre du système et ils deviendraient les membres des "pôles éducatifs territoriaux". Ce dispositif fédérerait les écoles d’un secteur et serait ouvert vers les populations y compris les week-ends. Belle volonté mais aux contours flous et dangereux… quelle traduction en terme d’obligation et de charge de travail et quelle incidence pourrait avoir ce renforcement de la territorialisation pour les collègues ?

De telles “conventions” ne sont qu’un outil stratégique de la politique gouvernementale visant à faire passer la pilule de la réforme territoriale dans les départements ruraux en procédant à des regroupements avec pour conséquence la fermeture de centaines d’écoles. Elles sont juste la traduction concrète d’une politique en milieu rural qui existait tacitement dans de nombreux endroits.

Dans le Lot, des élus, des parents et des enseignants se mobilisent. Dans l’Allier, l’intersyndicale (CGT Éduc’Action – SNUIPP-FSU - SUD Éducation – SNUDI-FO) mène une campagne d’information et de lutte contre ce projet. Cette dernière a porté ses fruits puisque les maires ont rejeté très majoritairement le projet.

La CGT Éduc’Action exige non seulement le rétablissement des postes supprimés mais aussi la création de nouveaux postes pour reconstruire les équipes de remplacement, de RASED, et atteindre des taux d’encadrement de classe vivables. Nous ne voulons pas de ces conventions qui territorialisent l’Education, mettent en concurrence les collectivités... Nous ne nous associeront pas aux "consultations", "groupes de réflexion" et autre "diagnostic partagé".... Nous mettons en garde les élus locaux qui pourraient se laisser piéger par ces propositions issues d’une logique libérale, traduction d’une politique d’austérité qui n’a pas démontré (au contraire) qu’elle profitait aux travailleur-euse-s de ce pays. L’argent est ailleurs. Cessons d’asphyxier l’École de la reproduction sociale !

Elena BLOND