Combattons le socle commun

 

COMBATTONS LE SOCLE COMMUN ! 

Le socle commun de connaissances et de compétences a été institué par la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’École le 23 avril 2005 ; il a été défini par le décret du 11 juillet 2006[1] autour de 7 piliers (maîtrise de la langue française, pratique d’une langue vivante étrangère, les principaux éléments de mathématiques et la culture scientifique et technologique, maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication, culture humaniste, compétences sociales et civiques, autonomie et initiative)[2] .

Le socle commun a plusieurs corollaires :

 le livret personnel de compétences (LPC) ;

 les évaluations nationales ; le site ministériel Eduscol[3] précise que « les enseignants peuvent s'appuyer sur les protocoles des évaluations nationales en CE1 et en CM2 et des outils d'aide à l'évaluation » pour renseigner le LPC ; des grilles ont d’ailleurs été fournies en ce sens, cette année, par des circonscriptions[4].

 l’aide personnalisée qui a abouti au démantèlement des RASED, en a justifié le processus ;

 les Stages de Remise à Niveau (SRAN) pour les élèves de CM1 et CM2 (voire de CE1 dans plusieurs académies, inaugurés pendant les dernières vacances de printemps – pour préparer les évaluations du mois de mai ?)

 la « personnalisation du parcours scolaire » qui n’est autre qu’une sélection précoce de qui pourra se contenter du socle et qui aura la chance de construire la jolie statue qui va dessus.

La circulaire de rentrée 2012[5], testament panégyrique du ministre Luc Chatel, insistait dès les premières lignes de son introduction sur le socle commun : « L'école du socle commun est une école de l'exigence et de l'ambition pour que chaque élève prenne le chemin de sa réussite. Elle suppose des bases solides, acquises à l'école primaire, notamment en français et en mathématiques. Les dernières évaluations de CE1 et CM2 sont très éclairantes à cet égard.  L'amé­lioration du niveau de français des élèves de CE1 est tout par­ticulièrement un encouragement à approfondir le sillon des savoirs fondamentaux et de l'accom­pagnement personnalisé. »

Concernant le collège, la même circulaire ajoute : « Au collège, la personnalisation des parcours se poursuit dans la liaison école-col­lège, en favorisant la continuité des apprentissages et le travail en commun des professeurs. Le bilan établi en élémentaire, à travers notamment les évaluations nationales de CM2, permet de mettre en place, dès l'entrée au collège, les moyens les mieux adaptés pour aider les élèves (PPRE passerelle, accom­pagnement personnalisé, etc.). Personnaliser au collège, c'est ouvrir la voie à un collège des intelligences multiples qui propose différents parcours mais aussi différentes approches pédagogiques pour mener tous les élèves à la réussite. Les classes de troisième découverte professionnelle 6 heures deviennent des classes préparatoires aux formations professionnelles afin d'améliorer l'offre pédagogique et éducative et de l'adapter aux réalités locales, sans préjuger de l'orientation des élèves en fin d'année. Les nouvelles formes variées d'alternance proposées dès la classe de quatrième donnent aux établissements toute la souplesse nécessaire pour répondre aux besoins de certains de leurs élèves et ainsi personnaliser leurs parcours. L'accès accompagné au monde professionnel permet une découverte des métiers compatible avec les objectifs du socle commun.»

Zone de Texte: La Cgt Éduc’action revendique 

. la redéfinition des missions de l’école publique, permettant à chacun(e) d’accéder à une culture la plus étendue et la plus émancipatrice possible ;

. l’abandon définitif de toutes références au socle commun et de ses corollaires (livret personnel de compétences, évaluations nationales CE1 et CM2 dans leur conception actuelle, aide personnalisée, stages de remises à niveau, etc.).Au total, les expressions "socle commun" ou "école du socle" apparaissaient 22 fois dans la circulaire et ses annexes, alors que nulle part on ne parle du RASED, ni de l’aide spé­cialisée ! 40 fois étaient repris les termes "personnalisé-e", "personnaliser" ou "per­sonnalisation » pour désigner les aides, les parcours… Un signe parmi d’autres que l’école du socle se construit bien au détriment de l’aide spécialisée, alors même que de plus en plus d’élèves en auraient besoin.

Pour la CGT Éduc’action, non seulement la priorité de l’Éducation Nationale n’est pas d’« assurer la maîtrise » du socle commun, mais il faut en finir avec le socle commun lui-même. En effet, rien n’est plus discriminatoire que de réduire à ce socle les apprentissages. Il nous répugne de penser qu’avant même de devenir élèves, certains enfants – issus notamment des couches sociales les plus fragilisées par le chômage, la pauvreté, l’absence de perspectives, les discriminations en tous genres – pourraient être "déterminés"  comme devant se contenter d’un socle représentant à la fois un minimum et un tout suffisant. L’accès  à ce qui se trouve "sur le socle" serait-il, par conséquent, réservé aux seuls élèves à qui on aurait donné les clés de la réussite ? L’école publique serait-elle, à terme, vouée à ne dispenser que ces savoirs du socle, laissant le soin au privé, par exemple, d’enseigner les autres savoirs à une élite, comme l’y pousse déjà l’assouplissement de la sectorisation des collèges dans certains quartiers ?

Nous continuons donc, à la CGT Éduc’action, à revendiquer un service public d’éducation progressiste, non pas qui restreigne les apprentissages à un socle commun de savoirs formatés pour satisfaire le patronat mais qui permette à tous l’accès à une culture commune émancipatrice. Ce n’est pas là une seule question de mots : la culture commune est celle qui va donner à tous les clefs pour décrypter le monde, l’analyser, le critiquer, accéder à une citoyenneté pleine et entière.

Henri BARON



[1] Voir le BOEN n° 29 du 20 juillet 2006 (http://www.education.gouv.fr/bo/2006/29/MENE0601554D.htm).

[2] On notera que la huitième compétence du socle commun préconisé par les institutions européennes, "apprendre à apprendre", ne figure pas dans le socle français…

[4] Voir par exemple, sous le joli intitulé « Valider des items du LPC grâce aux évaluations nationales, c’est possible ! » : http://18b-gouttedor.scola.ac-paris.fr/spip.php?article2512

[5] Circulaire "Orientations et instructions pour la préparation de la rentrée 2012"  du 27 mars 2012 parue dans le Bulletin Officiel de l’Éducation Nationale n°13 du 29 mars 2012 : http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=59726