Cités éducatives : définition et mode d’emploi. Des questions et des inquiétudes…

 

Soixante "cités éducatives" seront labellisées à la rentrée scolaire 2019 (une première liste de 80 territoires éligibles a été dressée). Une mission, placée sous l’autorité du CGET (Commissariat général à l’égalité des territoires), travaille à définir les contours du cahier des charges. Une enveloppe de 34 millions d’euros est dédiée à ce programme interministériel dans le projet de loi de finances. Et l’ANRU devrait également le suivre de près.
Les territoires concernés sont les quartiers prioritaires des villes de plus de 5 000 habitants, présentant des dysfonctionnements urbains importants, manquant de mixité scolaire avec au moins un collège en REP +, et présentant des défis particuliers (enjeu de sécurité marqué, ou difficultés scolaires renforcés).
Son objectif est d’améliorer la coordination des actions afin de d’accompagner « au mieux chaque parcours éducatif individuel depuis la petite enfance jusqu’à l’insertion professionnelle.
Le dossier est porté conjointement par la collectivité, le collège, le rectorat et les services préfectoraux. Il est co-financé par l’Etat et le territoire avec un fléchage sur les missions particulières : renforcer le PRE, favoriser l’intégration du système d’accueil de la petite enfance, ou impliquer les parents et les habitants de la cité éducative à travers les conseils citoyens.
Un « fond de la cité éducative » sera abondé de 15.000€ chaque année par le ministère de la ville et du logement et une dotation annuelle exceptionnelle à parité de 15.000€ du ministère de l’Education nationale et de la jeunesse au Fonds social sera mis à disposition de la direction du collège tête de Cité. A noter que les autres partenaires peuvent également cofinancer. Ces fonds permettront de financer des actions menées puis évaluées annuellement dans le cadre de la cité éducative, en privilégiant celles impliquant plusieurs établissements et des partenaires extérieurs. Le ministère de la ville et du logement veillera également à concentrer les moyens des contrats de ville dans les sites concernés, ainsi que les nouvelles mesures de la mobilisation nationale pour les habitants des quartiers (formation, apprentissage, jumelage d’institutions culturelles et micro-folies, 1000€ par place de crèche, stages de 3ème, Cordées de la réussite et parcours d’excellence, parrainage, programme de 1000 adultes-relais, création de centres sociaux et de maisons de santé et illettrisme...), en lien avec les différents ministères, opérateurs ou institutions impliqués dans la mise en œuvre (CNAF, ARS ...).
En conclusion, ces cités éducatives ne changent pas grand-chose à l’existant si ce n’est un élargissement du périmètre d’action. Elles regrouperont collège, écoles primaires, lieux culturels et PRE +.
Surtout, elles arrivent dans un contexte où la « liaison école-collège » est un dispositif servant dans la plupart des cas non à permettre des projets communs venus des enseignant-es, mais à distiller la bonne parole venant des directions de collège. Evidemment, rien n’est écrit en ce sens, ni avant ni depuis les cités éducatives, mais la pratique est celle-là. La cité éducative risque bien de devenir une nouvelle Ecole du Socle avec en plus des actions de parrainage par l’emploi.
Pour la CGT Educ’action, il y a de vrais motifs d’inquiétudes :
elles permettront l’institutionnalisation de-de la chef-fe, un-e principal-e, qui coordonnera et dirigera toutes les activités, qu’elles relèvent ou non de l’école. C’est donc les EPSF qui rentrent par la fenêtre avec toute leur logique, celle d’un chef hiérarchique du second degré et celle de la territorialisation accrue.
les cités éducatives pourraient aggraver la situation actuelle où le nouveau cycle 3 serait un prétexte à ce que les classes de CM servent uniquement à préparer le collège alors qu’école et collège sont des entités distinctes.
c’est la remise en cause surtout de l’éducation prioritaire et c’est sa survie qui est en jeu. Il y a aujourd’hui 363 collèges REP+ en France alors que seulement 80 seraient à l’avenir concernés par les cités éducatives. En l’absence d’une liste actualisée des REP et REP+ que nous attendons depuis Najat Vallaud-Belkacem, nous pouvons légitimement nous demander ce que deviendront les 280 collèges REP+ non concernés et a fortiori les 760 collèges REP. Tout le monde en REP ? Ou tout le monde dehors de l’éducation prioritaire ? On nous fait mariner depuis suffisamment longtemps, nous pouvons facilement imaginer le pire.