Augmentation des démissions : l’alarme

 

Le ministère avec l’appui de certains syndicats explique en partie ces mauvais résultats par un recrutement plus important ces dernières années. Ils ne trouvent donc pas anormal d’y corréler le nombre de démissions... Sauf que ce positionnement ne tient pas debout au regard de ces deux dernières années où le nombre d’enseignants de recrutés dans le primaire a diminué entre les deux rentrées (13 629 contre 16 372) et pourtant le taux de démissions a lui fortement progressé (434 contre 298) !

Ces chiffres interrogent surtout parce qu’ils concernent majoritairement des stagiaires. Pas étonnant lorsqu’on regarde leur situation. Comment pourrait-il en être autrement alors quand on doit mener de front études à l’ESPE et préparations-heures de classe en situation. Depuis la Loi de Refondation de l’École et la « mini révolution » réinstaurant la formation initiale, on nous avait promis que les dégâts connus sous Sarkozy étaient derrière nous… Les données collectées aujourd’hui expriment le contraire. Et il est d’ailleurs très surprenant que certaines organisations syndicales s’en émeuvent désormais alors qu’elles nous répètent depuis des mois que nous ne savons pas apprécier les bonnes choses. Par sa présence au plus près des collègues stagiaires, la CGT Éduc’action a bien remarqué que la situation était critique.

Elle a aussi remarqué que les conditions de travail des personnels titulaires se dégradent depuis longtemps ce qui a été confirmé par une étude récente publiée dans la revue très officielle Éducation&Formations. Elle démontre que les enseignant-es du 1er degré notamment exercent une profession très exposée aux risques psychosociaux. A la CGT, nous préférerons le terme socio-organisationnel car il s’agit bien d’une question d’organisation du travail guidée par de choix politiques. La Refondation n’a pas permis de retrouver un second souffle pour des enseignant-es qui ne se retrouvent plus totalement dans leur métier : pressé-es par les commandes institutionnelles, libertés pédagogiques amoindries, charges de travail invisibles multipliées, réforme des rythmes scolaires désastreuse, manque de reconnaissance et sentiment d’isolement…

Le cocktail est explosif. Il n’est plus rare de croiser des collègues qui envisagent une reconversion professionnelle ou une mise à disposition pour respirer. Ce sont les collègues arrivé-es à une dizaine d’années d’expérience qui lâchent prise ou qui se sentent prisonniers-ères. Des sites internet spécialisés sur les reconversions se multiplient, des bourses d’échanges d’informations aussi. Dans les départements, nos syndicats reçoivent régulièrement des demandes d’aide pour trouver une autre voie. Dans la plupart des cas, les personnels doivent quand même faire face au mur de l’administration qui doit gérer la pénurie de ressources humaines et qui leur oppose un refus de démissionner. Enfin, depuis le mois de septembre, nous recevons un nombre record de demandes de collègues voulant calculer leurs droits à la retraite… Mauvais signe.

La CGT Éduc’action reste mobilisée pour faire entendre ces tristes bilans et exiger de meilleures conditions d’étude et de travail pour les personnels, tous les personnels de l’Éducation nationale.

Jérôme SINOT