Après les attentats : Au feu, les profs !

 

Pour y parvenir, pas une minute de temps dégagé pour les équipes. Comme si les personnels n’avaient pas été touchés eux-mêmes par l’horreur de ces derniers jours : quelques-un-e-s d’entre eux-elles ont pourtant perdu la vie dans les attentats ; nombreux-ses sont ceux-celles qui ont perdu un-e proche, un-e ami-e… Quelques instants pour prendre des nouvelles des un-e-s et des autres, pour dépasser ses propres émotions, son chagrin, sa colère, s’assurer qu’il-elle était en capacité d’intervenir sur ce sujet avec les élèves avec toute la sérénité qui sied aux tragiques circonstances…

Un peu de temps aussi pour échanger sur la façon dont on allait intervenir, partager des ressources, autrement que vite fait autour de l’ordinateur ou du photocopieur… La pédagogie, quoi… Ce qui devrait faire notre métier… Rien de tout cela : poursuivant la logique des précédents gouvernements, on considère les enseignant-e-s comme des exécutant-e-s désincarné-e-s, soumis-e-s à la (bonne) parole ministérielle. On les isole, on les renvoie non plus vers des formateurs-trices aguerri-e-s qui ont pris le temps de la réflexion, mais vers « des ressources spécifiques » en ligne. Formation désincarnée elle aussi, en dehors du temps de service, entre le samedi après-midi et le dimanche soir, où l’enseignant-e se retrouve seul-e, de plus en plus isolé-e, face aux défis que l’École a à relever. Pire, ils-elles deviennent en partie responsables des atrocités commises, passées, présentes et futures, car pour la Ministre, qui évacue le rôle éducatif des familles et bien entendu les responsabilités gouvernementales, « l’École de la République transmet aux élèves une culture commune de la tolérance mutuelle et du respect. Chaque élève y apprend à refuser l’intolérance, la haine et la violence sous toutes leurs formes. C’est malheureusement dans des heures aussi douloureuses que celles que nous vivons actuellement que l’importance de cette mission apparaît avec autant de force et d’intensité. »

En revanche, nombre d’inspecteurs-trices, dès dimanche, ont pris le temps de remettre en cause les réunions et absences syndicales du lundi, à l’heure où l’urgence était d’épauler les collègues et d’encadrer les élèves. Ces réunions syndicales étaient aussi le lieu et l’occasion pour les personnels d’exprimer leurs angoisses et attentes vis-à-vis des événements.

Tout repose donc, une nouvelle fois, sur les enseignant-e-s, pompiers de la République et d’une société en crise.

Et ce n’est pas la lettre de "remerciements", envoyée après la bataille par la Ministre, qui nous rassurera sur ses intentions réelles et la considération que la hiérarchie témoigne à ses enseignant-e-s. Pour les élèves, ils assument et (r)assurent, comme ils assument aussi les réformes ineptes (celle des rythmes scolaires dont les dommages sont réels mais, aveugle et sourde, la hiérarchie ne remarque rien… ou joue la grande muette). À quel prix ? Combien de temps encore ? La Ministre fait mine de penser que poser des questions est inconcevable, voire illégitime. Pour la Cgt Éduc‘action, elles se posent avec force. Nous continuerons à les (im)poser dans les différentes instances, pour obtenir des réponses grâce aux luttes construites collectivement avec les enseignant-e-s.

Henri BARON