AESH : Un plan de (dé-)précarisation ? De qui se moque-t-on ?

 

Mais en réalité, ce plan risque fort de renforcer la précarité des personnels, ce qui est un comble. D’ailleurs, les services académiques ont beaucoup de mal à trouver des candidat-es à cette précarité renforcée !
Ainsi, si la mesure du gouverne-ment était respectée, les salarié-es sous contrat CUI devraient bénéficier d’un contrat de droit public AESH à 57,14 % avec maintien du salaire. Or, dans de nombreuses académies, les salariés-es risquent de voir leur contrat baissé à 50 %. Par conséquent, ils-elles pourraient se voir proposer un contrat d’AESH, mais avec une baisse de salaire !

Travailler plus pour gagner moins !

Pour la CGT Éduc’action, il est inacceptable que cette mesure renforce encore plus la précarité en baissant la rémunération -déjà très faible des salarié-es- et, à tout le moins, les emplois de CDD AESH devraient être à 60 % pour correspondre à vingt-quatre heures de travail hebdomadaire.
Cette revendication a d’ailleurs été portée par la CGT Éduc’action de l’Allier et dans toute l’académie de Clermont.
L’administration, n’essuyant que des refus et sous la pression des personnels, a pris la décision de porter toutes les propositions de CDD à 60 %, ce qui est un minimum...
De plus, pour accéder à un CDI, les personnels doivent effectuer six années consécutives en CDD AESH. Les années effectuées en CUI ne sont pas prises en compte alors qu’ils-elles ont effectué le même travail durant deux années scolaires voire cinq années pour les personnes de plus de cinquante ans ou reconnues travailleurs handicapé-es ! Soit huit à onze ans de précarité avant d’espérer un CDI à temps partiel – précaire donc !

Affectations

Les affectations et les temps de travail restent opaques et fluctuent d’écoles en établissements. Ainsi, de nombreux-ses AESH en CDD se voient contraint-es d’aller faire le tour des collèges et lycées pour savoir s’il y a des élèves en situation de handicap et espérer être employé-es.
Les AESH sont "balladé-es" de postes en postes pour s’ajuster aux demandes. Cela est d’autant plus compliqué quand cela se déroule en milieu rural où le-la même AESH peut être affecté-e sur trois écoles différentes avec, bien sûr, trois problématiques d’accompagne-ment différentes !

Une grille indiciaire tou-jours en attente !

Le décret n°2014-724 du 27 juin 2014 et l’arrêté conjoint relatif à la rémunération des AESH prévoient des grilles indiciaires et d’avancement des AESH en CDI. Elles peuvent être différentes d’une académie à l’autre. Seules règles fixées par le ministère : l’indice de départ (IM 317), l’indice terminal (IM 363), une évolution de l’indice de 6 points maximum tous les 3 ans. La grille reste à l’appréciation des Recteurs, ce qui peut créer des disparités salariales entre les académies. Or, à ce jour dans certaines académies, aucune grille n’a été présentée alors que les premier-ères salarié-es AESH passé-es en CDI auront trois ans d’ancienneté le 1er septembre 2017 ! De même, les modalités d’évaluation n’ont toujours pas été définies !

Un diplôme complètement traficoté pour la circonstance

Le Diplôme d’État d’Accompagnant Éducatif et Social (DEAES) qui vient de paraître au décret du 29 janvier 2016, a pour objectif d’attester : "des compétences nécessaires pour réaliser un accompagnement social au quotidien, visant à compenser les conséquences d’un handicap, quelles qu’en soient l’origine ou la nature, qu’il s’agisse de difficultés liées à l’âge, à la maladie, ou au mode de vie, ou les conséquences d’une situation sociale de vulnérabilité, et à permettre à la personne de définir et de mettre en œuvre son projet de vie".
Plusieurs éléments nous font affirmer que cette disposition est loin de la réalité du métier. Au-delà de la question statutaire que nous continuons à revendiquer, il s’agit ici de reconnaître que ce diplôme devrait être, à minima, de niveau IV (équivalent bac), voire niveau III.
Ce diplôme est divisé en trois spécialités sur lesquelles, dès le départ, il faut se positionner avec impossibilité de glisser (sauf formations complémentaires pouvant aller jusqu’à 8 mois).
Vous choisissez la filière :
• "Accompagnement à l’éducation inclusive et à la vie ordinaire" pour accompagner les enfants ou ados en situation de handicap dans les activités d’apprentissage, et les activités culturelles, sportives, artistiques et de loisirs.
• "Accompagnement de la vie à domicile" qui reprend le métier d’auxiliaire de vie à domicile
• "Accompagnement de la vie en structure collective" qui reprend le métier d’aide médico-psychologique pour travailler dans des structures accueillant des enfants, adolescents ou adul-tes en situation de handicap ainsi que dans des maisons de retraite.
Les associations "fournissent" les candidat-es aux deux dernières formations (et encore avec les restrictions des financeurs publics), reste la première pour les AESH.
Pour le moment, l’administration leur propose de valider le diplôme via, surtout, le dispositif VAE. On sait que ce dernier est déjà -en soit- un vrai parcours du combattant, mais le piège est de taille, les collègues ne pourront valider que les compétences en milieu scolaire (sauf si ils-elles font un complément en périscolaire ou sont titulaires du BAFA). Résultat : ils-elles ne pourront pas valider !
Pour exemple, dans l’Allier, le GRETA (structure support qui organise ces formations) a déjà fait le choix de ne proposer que les filières 2 et 3, n’ayant aucune candidature (ou trop peu) pour ouvrir sur la filière 1 ! En Seine-Maritime, la situation est pire, puisque les organismes qui pouvaient mettre en place le DEAES, notamment la filière 1, n’ont toujours pas reçu d’agrément !
Ce nouveau diplôme est bien la preuve, une fois de plus que le patronat (gouvernement inclus) n’a aucune volonté de porter les salarié-es à un niveau de qualification supérieure ni de les sécuriser dans l’emploi (temps de travail, statut,...), ni de mettre les moyens et conditions pour exercer un métier et non une mission qui est l’héritage de "valeurs chrétiennes"… pas celles des travailleur-ses.

Pour la CGT Éduc’action, il est urgent de porter nos revendications, cela passe par une mobilisation de tous, CUI, AESH, enseignant-es pour exiger :
- un véritable statut dans la fonction publique,
- un temps plein qui reconnaît le temps de préparation, le temps d’ESS (réunions des Équipes de Suivi de Scolarisation), le temps de concertation avec les enseignant-es,
- une véritable formation débouchant sur une qualification de niveau IV (bac) et un diplôme,
- la titularisation de tous-tes ceux-celles qui le souhaitent,
- un processus d’affectation clair et transparent, étudié dans une Commission paritaire,
- une grille indiciaire et un tableau d’avancement uniques et fixés par le ministère.